Vous arrive-t-il de vous sentir mal alors même que vous avez réussi ? Dans quelles situations ? Et pourquoi ça ?

1. Introduction

Bonjour ! Vous êtes sur Anglaisance, épisode n°61. Aujourd’hui, nous allons parler de la petite pensée « j’ai réussi mais… »

2. Préambule

Avant de commencer, j’espère que vous avez passé de belles fêtes de fin d’année. Et d’ailleurs, comment s’est déroulée 2018 pour vous en ce qui concerne l’apprentissage de l’anglais ? Qu’allez-vous garder, reproduire de l’année écoulée pour la prochaine année ? Qu’allez-vous changer en 2019 ? Et enfin, qu’allez-vous commencer à faire dès janvier ?

C’est toujours intéressant de réfléchir à notre pratique de l’anglais avec ces 3 verbes en tête : continuer, arrêter, commencer. Ca peut prendre une autre forme, avec des amorces telles que « je me félicite de, j’arrête de, je m’engage à. » Par exemple, je vais continuer à coacher des volontaires en anglais, qu’ils soient natifs ou pas, quelle que soit leur origine. Donc, je me félicite de faire du coaching avec des volontaires en anglais, que ce soit leur langue maternelle ou pas. Cela m’amène à arrêter de m’inquiéter pour mon accent, mes erreurs de grammaire, de vocabulaire et de prononciation. Et pourquoi ne pas commencer à coacher des volontaires anglophones, natifs ou pas, qui apprendraient le français ? Donc, je m’engage à réaliser des séances de coaching en anglais avec des allophones, c’est-à-dire, selon le Robert, « des personnes dont la langue maternelle est une langue étrangère dans la communauté où elles se trouvent ».

Et vous ? Qu’allez-vous continuer à faire en anglais, arrêter, commencer ? Quelles sont vos résolutions ?

Je voulais aussi vous faire part de ma résolution pour la nouvelle année, même si ça n’a rien à voir avec l’anglais, car c’est finalement toujours la même démarche : on décide d’un objectif et puis on fait tout pour l’atteindre, en bravant les obstacles, ce qui est finalement le plus difficile. Mon objectif, pour le 31 décembre 2019, c’est d’avoir appris tout au long de l’année à suivre ce que j’appelle mon protocole. Dans mon cas, il s’agit de me nourrir comme je l’ai décidé 24h plus tôt. Autrement dit, de ne pas succomber aux tentations que je vais forcément rencontrer, quelles qu’elles soient, et d’avoir le courage de m’en tenir à mes pré-décisions. J’y tiens parce que je ne serais pas contre quelques kilos en moins, et surtout, je voudrais pouvoir me faire confiance, savoir que quand je prends une décision, c’est comme si c’était fait – bien sûr que je vais tout faire pour atteindre mon objectif !

Et comment vais-je agir, justement, durant les prochains 365 jours ? J’ai décidé :

– de prévoir tout ce que je vais manger 24h plus tôt minimum,

– de m’organiser en ayant toujours ce qu’il me faut dans mes placards, mon frigo et mon congélateur,

– de noter un P pour protocole sur mon calendrier pour chaque jour où j’aurai suivi mon protocole,

– de ressentir toutes mes envies de manger davantage sans agir,

– et, pour cela, de m’entraîner à ressentir n’importe quelle émotion à l’aide de la fiche « Minute, émotion » que les abonnés à Anglaisance pourront télécharger à la page 61,

– d’attendre et d’accueillir cette envie de manger plus comme un adorable petit monstre qui me rendrait régulièrement visite. J’ai d’ailleurs choisi une illustration qui me permet de me le représenter dans mon esprit et de dédramatiser cette émotion. Vous trouverez un lien vers ce dessin sur Anglaisance.com. Je lui ai attribué le petit nom de Mia, à mi-chemin entre miaou et miam.

https://www.deviantart.com/knufad-zzaj/art/Cute-Cat-Monster-337005231

– d’apprendre par cœur des pensées qui m’aident comme « C’est le plus beau cadeau que je puisse m’offrir », « Chaque effort me transforme » ou « C’est parfait pour me dépasser », chaque fois que je suis confrontée à un buffet de gâteaux au chocolat par exemple…

– de me récompenser avec des séances de massage chinois qu’on appelle Tuina et de hammam.

Alors je me propose de vous tenir au courant de mes progrès tout au long de l’année qui commence, chaque semaine, justement en utilisant les verbes continuer, arrêter, commencer.

Et vous, quel serait votre protocole pour l’anglais ? Que désirez-vous étudier et comment allez-vous vous y prendre ? Et surtout, comment allez-vous gérer tous les obstacles que vous allez forcément rencontrer sur votre chemin ? Je peux bien sûr vous y aider en vous coachant mais vous avez finalement tout ce dont vous avez besoin : on sait bien que ça se joue toujours entre nous et nous-même.

3. Rappel de l’épisode précédent

Dans l’épisode précédent, le numéro 60, nous avons exploré l’expression écrite. Avez-vous suivi la méthode proposée ? Qu’avez-vous constaté ?

4. Objectif de l’épisode

Aujourd’hui, nous allons étudier une nouvelle petite phrase, « j’ai réussi, mais… » Vous savez, quand vous avez réussi votre présentation, votre réunion, votre négociation ou quoi que ce soit d’autre et où, malgré tout, vous n’êtes pas satisfaite de vous-même.

5. Contenu

5.1. Constat

5.1.1. Questions

Vous est-il déjà arrivé de réussir un exercice d’anglais, d’atteindre un niveau plus élevé, d’obtenir un diplôme, de remporter un contrat, d’être promue… et de ne pas en ressentir de satisfaction, de fierté ?

Faites-vous tout votre possible pour faire comme tout le monde afin que personne ne remarque que vous n’êtes pas à votre place ? Par exemple, réalisez-vous des exercices d’anglais, à l’oral ou à l’écrit, en gardant en tête qu’il vous faut faire de votre mieux pour que personne ne remarque à quel point vous êtes, en réalité, incompétente ?

Avez-vous l’impression que les autres sont plus intelligents, plus doués, plus aimables que vous, qu’ils ont davantage de connaissances que vous, qu’ils travaillent plus dur que vous, qu’ils fournissent un meilleur travail que vous ?

Votre cerveau vous rappelle-t-il constamment que vous pourriez bientôt être exposée en tant qu’imposteur, menteuse, qu’on va bientôt vous démasquez, même si vous n’avez jamais cherché à tromper qui que ce soit sur vous et votre niveau d’anglais, votre expérience, vos études ?

Croyez-vous que vos réussites ne soient dues qu’à la chance, à votre réseau, votre apparence physique ou quoi que ce soit d’autre que votre intelligence, votre talent, votre motivation, votre éthique au travail ?

Vous inquiétez-vous constamment en vous demandant quand vous allez être finalement percée à jour comme une charlatane (le féminin de « charlatan » existe chez Voltaire) ou une personne inférieure aux autres qui occupent le même poste que vous ?

Etes-vous préoccupée par la possibilité que quelqu’un se rende enfin compte que vous ne savez pas vraiment ce que vous faites ou que vous faites des erreurs stupides ?

Cela vous inquiète-t-il même si vous occupez votre poste depuis longtemps et que vous êtes expérimentée dans votre domaine ?

Etes-vous terrifiée à l’idée de commettre une erreur, ou de ne pas connaître la bonne réponse, ou de ne pas faire ce qu’il conviendrait ?

Votre cerveau passe-t-il son temps à récolter des preuves de cette croyance, c’est-à-dire vos erreurs et ce que vous ne savez pas faire correctement ?

5.1.2. Exemples

5.1.2.1. Mon exemple

Par exemple, je vous en ai déjà parlé : en février dernier, j’ai fini cet excellent MOOC, ce cours universitaire en ligne que j’ai suivi sur la plateforme FUN, intitulé « Apprendre et enseigner avec les sciences cognitives », sous la direction de Jean-Luc Berthier, avec 94% de réussite. Sur le moment, j’ai été surprise, parce que je ne pensais pas obtenir un tel score, et puis fière, parce que je tenais à avoir une bonne note à ce MOOC qui correspond tellement à ce qui me plaît.

Et puis, juste après avoir ressenti cette surprise et cette fierté, j’ai ressenti ce que les thérapeutes Rob Wilson et Rhena Branch, des thérapeutes TCC londoniens, nomment « la disqualification du positif », c’est-à-dire : « le traitement subjectif des informations, sous la forme d’une action mentale qui transforme dans votre esprit un évènement positif en évènement neutre ou négatif. » En clair, quand j’ai pris conscience que j’avais 94% de réussite, après la surprise et la fierté, de courte durée, je me suis aussitôt dit « oui, mais c’est parce que c’était facile, parce que les questions de l’évaluation étaient très bien posées, parce que le MOOC était parfaitement cohérent, à toujours revenir d’une manière ou d’une autre sur les mêmes essentiels… » Et même si c’est vrai, ça ne revient pas à dire que je n’ai aucun mérite.

5.1.2.2. Alice

De même pour Alice, dont je vous ai déjà parlé et avec qui je travaille à nouveau lors de séances de coaching. Souvenez-vous : après avoir raté un concours en 2017 elle s’y est à nouveau inscrite pour 2018, en parallèle à un autre, auquel elle n’avait pas pensé en 2017, le jugeant trop élevé pour elle. Et elle a réussi les 2 !

Ce qui me paraît très intéressant, c’est que comme elle ne s’attendait pas à obtenir ce concours parce qu’elle ne croyait pas avoir ce niveau, elle est restée interloquée devant les résultats. Elle a eu le sentiment d’avoir « volé sa place ».

5.1.2.3. Gillian

C’est un sentiment partagé par mon amie Gillian, dont je vous ai également déjà parlé. Elle a réussi son CAPES interne d’anglais après 5 tentatives. Comme Alice, Gillian est restée bouche bée devant les résultats et s’est mise à penser « ils ont eu pitié de moi », « ils me l’ont donné ». Elle a même trouvé des raisons à la décision, selon elle, totalement injustifiée, du jury du CAPES : c’est parce qu’ils avaient remarqué qu’elle avait séjourné des années à l’étranger.

Etonnant comme nos cerveaux se dirigent toujours, spontanément, vers le négatif, plutôt que le positif !

5.1.3. Le syndrome de l’imposteur

Les coachs américaines Kara Loewentheil et Katrina Ubell, disciples de Brooke Castillo, ont parlé dans leurs podcasts respectifs de cette attitude qu’on appelle le syndrome de l’imposteur. Comme toujours, vous trouverez les liens vers leurs sites sur la page 61 d’Anglaisance.com.

Elles expliquent qu’à la base, ce syndrome n’est en fait qu’un ensemble de pensées très critiques à notre égard et d’émotions qu’on a pratiquées encore et encore jusqu’à ce que ce soit une habitude mentale et émotionnelle qui nous paraisse automatique, naturelle. On a peur de ne pas être assez intelligente ou douée.

Ce qui est embêtant avec ce syndrome de l’imposteur, c’est qu’on croit être seule à le ressentir. Et qu’on a l’impression que ces pensées sont des faits objectifs.

Et vous ? Vous arrive-t-il aussi de négliger vos compétences, d’oublier vos réussites, de disqualifier le positif ? Dans quels cas ? Que vous dites-vous dans ces cas-là ? Que ressentez-vous ? Que faites-vous ? Quels sont vos résultats ?

5.2. Problème

5.2.1. Causes

D’où vient ce syndrome de l’imposteur, cette déception malgré nos réussites ?

5.2.1.1. L’adaptation hédonique

Dans le MOOC (Massive Online Open Course, c’est-à-dire un cours universitaire en ligne) intitulé « The Science of Happiness » ou « La science du bonheur », j’ai découvert ce que les chercheurs en psychologie positive américains appellent « Hedonic adaptation », l’adaptation hédonique. Autrement dit, l’être humain s’adapte au bonheur et une fois qu’on a ce qu’on voulait, on n’en perçoit plus la valeur comme avant. Le bonheur se dissipe.

On gagne au loto, d’accord, on est riche et on peut acheter tout ce qu’on veut mais après un certain temps, la nouveauté disparaît, on s’habitue à notre nouvelle situation et on se retrouve avec les mêmes soucis qu’auparavant. On croque dans un dessert convoité et après les 2-3 premières bouchées, on ne fait plus trop attention à ce qu’on avale.

Avez-vous déjà ressenti cela ? Vous pouvez facilement faire l’expérience, non pas en gagnant au loto, ça risque d’être compliqué, du moins aléatoire, mais ne serait-ce qu’en mangeant un aliment qui vous fait vraiment envie, mais en pleine conscience, en faisant attention à chaque bouchée, à chaque sensation…

5.2.1.2. Le conditionnement social

Par ailleurs, Kara Loewentheil explique que le syndrome de l’imposteur est dû à un conditionnement social. Elle parle en particulier des femmes constamment sujettes à des messages sur leur valeur dès le plus jeune âge. Selon ces messages, les femmes sont inférieures, n’ont pas tout ce qu’il faudrait, elles n’évoluent que grâce à leur apparence physique ou à leur personnalité plutôt qu’à leur talent, elles devraient être malignes, mais pas trop malignes… Et selon elle, la plupart de ces messages encouragent les femmes à se comparer les unes aux autres ainsi qu’à qui que ce soit pour voir si elles sont à la hauteur. Voilà pourquoi notre cerveau est sans cesse à l’affût de ce que les anglophones appellent « compare and despair » : se comparer et se désespérer.

Cela vous arrive-t-il de vous comparer à d’autres ? Comment vous sentez-vous dans ces cas-là ?

En fin de compte, le syndrome de l’imposteur n’a strictement rien à voir avec votre talent réel, votre intelligence, vos compétences. Par contre, il est bel et bien la raison pour laquelle vous n’avez pas ce que vous voulez dans la vie.

5.2.2. Inconvénients

L’inconvénient, comme l’indique Kara Loewentheil, c’est que ce syndrome de l’imposteur coûte cher.

Tout d’abord au niveau professionnel:

– on n’obtient pas de promotion

– on ne demande pas d’augmentation

– on ne travaille pas sur le projet qui nous tient vraiment à coeur…

Sans oublier que ce syndrome est gourmand en énergie: on est stressé, angoissé, on se sent nul. Et que fait-on quand on se sent aussi mal? On cherche du réconfort, parfois en dépensant notre argent dans des tenues, de la nourriture, en thérapie, etc.

Enfin, au niveau personnel, tout ce stress et cette angoisse sont très désagréables, quand ils ne vous mènent pas tout droit à l’hôpital pour des crises d’angoisse. Surtout que vous pourriez employer cette énergie pour mieux apprécier votre vie, créer ce dont vous rêvez, échaffauder de nouveaux projets…

6. Mission

Je vous propose d’explorer comment se sortir de ce cercle vicieux dans l’épisode 63. D’ici là, tâchez de prendre conscience de ces moments où, malgré votre réussite, vous vous sentez mal, inférieure, pas à votre place, comme si tout le monde se trompait sur votre compte… Que se passe-t-il dans votre tête et dans votre corps, à ce moment-là ?

7. Annonce du prochain épisode

Lors du prochain épisode, nous verrons comment gérer la conversation en anglais.

8. Salutations

Pour finir, n’hésitez pas à me contacter sur si l’envie vous en prend et, surtout, si vous voulez que je vous aide à progresser en anglais, et ceci grâce à ma formation, passionnante, en coaching de vie. Racontez-moi vos aventures linguistiques, vos difficultés, vos progrès, vos projets !

« See you next week-end ! Bye ! »


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