Comment entrer en contact avec des anglophones lorsque vous voyagez, afin d’améliorer votre compréhension et expression orale ?

1. Introduction

Bonjour ! Vous êtes sur Anglaisance, épisode n°46. Aujourd’hui, nous allons parler de la façon dont on peut aborder des anglophones.



2. Préambule

Avant de commencer, je voulais attirer votre attention sur l’importance qu’une lettre, une seule lettre de l’alphabet, peut avoir dans la compréhension écrite. Ainsi, en français, le titre de roman « La ferme des animaux » de George Orwell, à proximité de la pièce des « Femmes savantes » de Molière, a conduit au mélange étonnant : « la femme des animaux » et « les fermes savantes », deux ouvrages qu’il serait très intéressant de lire ! C’est qu’en effet, une seule lettre distingue les noms « femme » et « ferme » (sans parler du sens et de la prononciation, bien entendu).

De même, « un baron » peut être « un daron » mais les 2 mots n’ont pas la même signification. Si, d’après le dictionnaire Le Larousse, un baron est un « seigneur relevant directement du roi », un daron est l’argot correspondant à « père. » De plus, peut-être vous souvenez-vous que le cerveau a tendance à confondre le b et le d, lettres miroirs, ce qui n’arrange pas notre affaire ?

Et en anglais ? On peut lire le français « sauvages » à la place de « sausages », soit des sauvages plutôt que des saucisses. C’est assez inattendu au petit déjeuner, vous ne trouvez pas ? Avec un petit air de cannibalisme… Si vous êtes curieux de voir à quoi ça ressemble, vous trouverez un lien vers une recette (de saucisses, pas de sauvages, je tiens à le préciser) sur la page 46 de Anglaisance.com.

https://www.allrecipes.com/recipe/77747/moms-turkey-sausage-patties/

 

3. Rappel de l’épisode précédent

Dans l’épisode précédent, le numéro 45, nous avons parlé des étapes et de différentes pensées alternatives pour se délester de « mon interlocuteur était horrible », comme « je fais de mon mieux » ou « je donne le meilleur de moi-même. » Avez-vous trouvé celle qui vous convient le mieux ? L’avez-vous pratiquée ?

 

4. Objectif de l’épisode

Aujourd’hui, nous allons voir comment on peut aborder des anglophones afin de s’exercer lors d’interactions orales en anglais. Où les rencontrer ? A qui parler ? Que leur dire ?

 

5. Contenu

5.1. Exposition

Si vous avez suivi ces derniers épisodes sur Anglaisance et en particulier, l’épisode 44 sur notre périple américain, vous savez que j’ai eu la chance de passer mon mois d’août dans les montagnes américaines du Wyoming, de l’Utah, du Colorado, etc.

Mon défi, durant ce séjour de 28 jours aux Etats-Unis, était de parler à un Américain chaque jour.

 

5.1.1. Causes

Pour quelles raisons ?

  • Parce que l’année dernière, on a également passé un mois là-bas, mais en Californie, et essentiellement avec nos amis francophones ou entre nous, donc on a surtout parlé français. C’est dommage ! Cet été, c’était l’occasion d’améliorer ce qui m’avait fait défaut l’année dernière.

  • Et puis je suis professeur d’anglais, ça fait partie des règles que je me suis fixées : pratiquer ce que j’enseigne, pour être cohérente, intègre, et mieux connaître les problèmes que mes étudiants rencontrent. Et comme l’anglais n’est pas ma langue maternelle, moi aussi je tiens à améliorer des éléments de mon anglais.

  • Et puis quel meilleur endroit pour pratiquer l’anglais qu’un pays où c’est la langue officielle ? Je vais forcément avoir de nombreuses occasions de rencontrer des autochtones !

  • Et je veux également progresser, par exemple j’aimerais que ma prononciation soit absolument britannique et qu’on ne détecte pas du tout mon origine française. Et comme les Etats-unis ne sont pas le meilleur endroit pour peaufiner son accent britannique, je veux aussi pouvoir le comparer aux variétés américaines, ainsi qu’apprendre de nouveaux mots, etc.

 

5.1.2. Défi précisé

Si, au début, mon objectif était de parler à un anglophone, très rapidement, il s’est transformé en « aborder un anglophone, amorcer la conversation. » Parce que je me suis rendu compte qu’une fois la glace brisée, ça allait. En effet, quand je connais les gens, quand suis en entretien avec mes étudiants, on a vite des choses à se dire. J’aime bien approfondir le sujet alors j’ai beaucoup de questions à poser.

Seulement, amorcer une conversation avec un inconnu, qui plus est anglophone, c’est un défi parce que je suis timide ou du moins (je reformule, on en parlera bientôt) : je me suis toujours dit que j’étais timide.

Je ne fais donc jamais ça, parler à des inconnus, et j’ai donc demandé de l’aide à 3 de mes amies, Iris et Gillian les globe-trotteuses et Apple la polyglotte. Je crois que ce qui les rassemble et qui les différencie de moi, c’est qu’elles sont véritablement curieuses et sincèrement intéressées par les autres, qu’elles n’ont pas peur d’aller vers les autres (ou du moins, c’est l’impression que j’ai).

Pour ma part, ce qui domine, c’est que j’ai toujours peur de déranger, de gêner, d’embarrasser, d’être de trop. Alors, fatalement, je ne vais pas vers les autres.

Mais ce serait dommage de passer un mois dans un pays anglophone et de rester dans ma bulle. Je serais frustrée parce que j’aime parler anglais. Il me faut ma dose quotidienne, et pas seulement avec ma fille – l’occasion était trop belle ! Il ne faut pas la manquer. Oui, mais comment faire ?

Grâce au « brainstorming » ou remue-méninges avec Iris puis Apple et enfin Gillian, j’ai eu plein d’idées que j’ai pu expérimenter lors de mon séjour. Voici des pistes.

 

5.2. Solution

5.2.1. Provoquer la conversation avec le non-verbal

5.2.1.1. Le jeu

Mon amie Iris m’a donné plein d’idées, comme de jouer aux cartes ou de la musique, pourquoi pas faire du sport, participer à une visite, un atelier…

 

5.2.1.2. L’origine

Elle a aussi suggéré qu’on ait un petit drapeau français pour interpeller les gens, qu’ils puissent nous en parler. Ca me plaît bien parce que ça veut dire qu’on va venir nous parler plutôt que l’inverse. Et en effet, l’année dernière, en Californie, lors d’une randonnée, un touriste avait complimenté ma fille sur son drapeau américain avec un « nice flag ! » (joli drapeau). Il suffit juste que je pense à ce qu’on peut répondre à ça pour continuer la conversation. Et je me suis dit que, oui, bien sûr, tout ça était possible : je pouvais utiliser un script, comme dans l’épisode 3, mais encore fallait-il que je connaisse bien la situation.

Cette année, notre fan de foot de 15 ans ne s’en remettait pas de la victoire française à la coupe du monde toute récente. Comme d’habitude, il arborait ses maillots de football européen (« soccer »), persuadé que, de toute façon, les Américains ne connaissaient que leur propre football. Or, il est arrivé à au moins deux reprises qu’on l’aborde en raison de ses maillots, pour lui demander si, justement, il était français et si, le sourire à l’œil, notre équipe n’avait pas récemment gagné…

 

5.2.2. Le verbal

Mais bien sûr, mon défi était non seulement de parler, mais aussi d’être à l’origine de ces conversations, tout simplement pour qu’elles soient plus nombreuses et que je sois active, que je parle anglais.

Et là, je me suis aussi dit que, oui, évidemment, j’avais déjà tous les éléments en ma possession : à partir du moment où j’ai mes questions « où, quand, qui, quoi », les idées logiques comme la cause, la conséquence, les avantages, les inconvénients, les similitudes et les différences, je peux tout faire. Voici donc les idées que j’avais notées avant de partir et ce que j’en ai fait en réalité.

 

5.2.2.1. où ?

Où va-t-on aller ?

  • Dans des musées,

  • dans des hôtels,

  • des restaurants comme The Cheesecake Factory,

  • à la salle de sport de l’hôtel,

  • à la piscine, au jacuzzi de l’hôtel

  • dans des magasins comme Trader Joe’s, Walmart…

  • dans des parcs nationaux

Ca n’était pas prévu, mais mon amie Gillian m’avait suggéré les locations en Airbnb, pour peu qu’on partage l’habitation du ou de la propriétaire et qu’il ou elle soit bavard. Ca m’a aussi fait penser au blablacar, pourquoi pas ?

 

5.2.2.2. quand ?

Quand vais-je pouvoir parler anglais ?

  • les hôtels le matin et le soir

  • les lieux de sport en fin d’après-midi

  • le restaurant le midi ou le soir

  • les magasins durant la journée

  • les lieux touristiques durant la journée

 

5.2.2.3. qui ?

Iris m’avait conseillé de parler aux personnes âgées et aux jeunes, d’interviewer des employés.

Qui va-t-on rencontrer ?

  • on va rencontrer des employés d’hôtels, de restaurants, de musées, de magasins

  • on va rencontrer des randonneurs, des touristes

  • il faudrait qu’on rencontre des personnes âgées qui aiment papoter

Et c’est vrai qu’on a rencontré beaucoup d’employés, dans les hôtels, les restaurants, des Park Rangers dans les parcs nationaux, des vendeurs dans les stations-service et autres magasins, des guides au capitole à Denver et lors de notre visite en calèche à Cheyenne.

Mais les plus disponibles ont été les touristes, comme nous, qui ont le temps et qui apprécient de partager leur point de vue sur ce qu’on visite. Je me souviens en particulier de conversations à mi-chemin d’une randonnée, quand ma fille et moi faisions une pause, assises sur un banc. Beaucoup de ceux qui revenaient du lac, la destination de la randonnée, passaient un petit bout de temps à partager notre banc et nos idées. Ou bien quand j’ai attendu ma famille qui voulait aller jusqu’au sommet de la montagne, ce qui ne m’intéressait pas, et rencontré une autre maman qui, comme moi, se contentait de la vue déjà magnifique. Nous avons pris le temps d’échanger en les attendant. Ou bien ces 2 femmes pompiers rencontrées dans le jacuzzi d’un hôtel, dont l’une n’avait jamais rencontré de Français. Ou bien cette dame âgée, assise sur un banc près du sentier, avec qui on a partagé notre surprise qu’un arbre soit planté en plein milieu du petit sentier, pourtant dallé.

 

5.2.2.4. quoi ?

J’avais imaginé de quoi je peux parler à ces gens-là dans ces lieux-là à ces moments-là.

 

5.2.2.4.1. Demandes
  • demander des renseignements

  • demander des services

Nous avons en effet posé des questions aux employés, par exemple pour savoir quel était le créneau horaire où l’on se trouvait, quand seraient prêts les cookies aux M&Ms offerts par l’hôtel, si on pouvait nous expliquer comment regonfler un pneu avec la machine gratuite de la station essence, pourquoi le drapeau était en berne, à quoi ressemblait le drapeau de l’état, comment on prononçait Cheyenne, quel âge avait l’ours dont nous admirions la peau…

Mon amie Iris m’avait également suggéré de marchander, négocier le prix d’un produit.

 

5.2.2.4.2. Propositions
  • proposer son aide (me demander de quoi les autres ont besoin, c’est une question que j’aime me poser), comme de prendre les gens en photos puis faire un bout de chemin ensemble. Je peux guetter les gens qui vont avoir besoin d’aide, leur tenir la porte, les aider avec leur valise, etc. Comme ça, après, ce n’est pas moi qui engage la conversation, je ne fais que la poursuivre.

  • complimenter (ça, ça me plaît – ça va me pousser à regarder ce qu’il y a de beau autour de moi et j’aime cette idée – en fait, je n’ai pas osé le faire. Je commence à oser en français : je complimente une voisine sur la couleur turquoise de son étole, une inconnue dans la gare sur sa robe qui lui va si bien, ma collègue sur sa magnifique coupe de cheveux…)

  • faire rire (comme mon voisin dans le métro – bon, je crois que c’était plutôt malheureux, parce que la dame à laquelle il a parlé de son fils était en fait la femme dudit fils mais elle l’a bien pris ; et ça m’est arrivé : encore à Paris, dans le RER nous menant à l’aéroport, j’ai rencontré une maman canadienne et sa fille en partance pour la Chine. On s’est rencontré en rigolant parce que je proposais à mes enfants de s’installer ici et là et aucun des 2 n’a tenu compte de mes propositions. J’ai rigolé en disant « whatever ! » (peu importe) et la dame a répété en souriant. On a ainsi entamé une discussion qui a duré tout le trajet.)

 

5.3. Les fonctions du langage

Toutes ces idées m’ont aussi fait penser aux différentes fonctions du langage, ou de communication, établies par le linguiste Roman Jakobson. En effet, on peut parler de tout et de rien, ce que Marina Yaguello a merveilleusement expliqué dans son livre « Alice au Pays du Langage, pour comprendre la linguistique », paru aux éditions du Seuil en 1981, et en particulier dans le chapitre intitulé « A quoi sert le langage ». Je cite : « il convient de se demander, comme pour n’importe quel outil, à quoi il sert. La réponse semble aller de soi : le langage, ça sert à communiquer. Mais communiquer, pour les humains, ce n’est pas seulement transmettre de l’information. »

« Tout acte de communication verbale met en jeu un locuteur qui émet un message en direction d’un interlocuteur (qui peut être absent ou virtuel). Ce message est doté d’un référent (l’objet du discours, ce à quoi il réfère). Pour émettre son message, le locuteur fait appel à un code, que l’interlocuteur est censé partager. Enfin, la communication exige l’utilisation d’un canal physique (la voix, la page écrite, le geste, etc.) servant à établir le contact. »

« – Au locuteur s’associe la fonction expressive (émotive).

  • A l’interlocuteur, la fonction d’incitation (interpellation, ordre).

  • Au référent, la fonction référentielle (information).

  • Au contact, la fonction phatique (communion, contact social).

  • Au code, la fonction métalinguistique (analyse du code).

  • Au message, la fonction poétique (jeu, plaisir du texte). »

Parfois, « plusieurs fonctions se recoupent, » par exemple « il est rare que le message soit dénué de toute valeur référentielle. » Ainsi, quand je dis « aïe », non seulement je fais appel à la fonction expressive, c’est-à-dire j’exprime ma sensation de douleur mais j’en informe également mon entourage.

« Quand je vante la valeur d’un produit (à travers une publicité), je cherche à informer mais aussi à rendre le message percutant ou amusant (fonction poétique), tout en essayant d’induire un comportement (fonction d’incitation). »

 

5.3.1. La fonction expressive ou émotive

« La fonction expressive fait largement appel aux interjections, aux onomatopées, aux jurons, aux formes exclamatives : « Mille milliards de mille sabords ! » comme dirait le Capitaine Haddock. L’intonation y joue un rôle important pour exprimer les affects, la joie, la colère, la surprise, la souffrance, l’enthousiasme, etc. Des traits non linguistiques tels que la mimique, le geste, les tics, l’intensité du débit, les inflexions et le volume de la voix viennent soutenir et compléter l’expression verbale proprement dite. »

Cette fonction expressive me ramène tout droit à l’épisode de la piscine (dont je vous ai déjà parlé) où l’Américain qui n’avait pas aimé être éclaboussé par ma fille s’est exprimé en criant « you’re that kind of people », entre autres, tout en faisant un petit salut moqueur de la main quand il a pris congé de nous.

Mais c’est aussi toutes ces expressions qu’on peut avoir face à un paysage magnifique : « Wow, what a view! » (quelle vue !) Cette fonction me fait penser à la ligne des pensées dans le Model de Brooke Castillo.

 

5.3.2. La fonction conative ou d’incitation

« L’impératif, le vocatif, toutes les formes de l’interpellation (laquelle est en grande partie socialement codifiée) sont spécifiques de la fonction d’incitation. » « La parole est une forme d’action, à valeur rituelle ou magique. » Cette fonction est utilisée par l’émetteur, le « je », pour que le récepteur, le « tu », agisse sur lui-même et s’influence.

« Tous les « abracadabra », les « Sésame, ouvre-toi », les formules religieuses ou magiques, les prières relèvent donc de la fonction d’incitation, même si elles s’adressent à un tu imaginaire, l’important étant qu’il soit présumé accessible au pouvoir du verbe. En relève également le cri du nourrisson pour obtenir qu’on s’occupe de lui. »

« L’affiche publicitaire ou politique, avec son incitation à acheter (un produit ou une idéologie), fait souvent appel au tu, impliquant le destinataire, et au doigt pointé. »

Je pense aussitôt à l’affiche où on voit Uncle Sam (la personnification des Etats-Unis – vous avez remarqué les initiales U pour Uncle et S pour Sam ?) pointer du doigt dans notre direction avec son slogan incitatif « Defend your country. » Je vous mets le lien vers l’une de ces affiches sur la page 46 du site Anglaisance.com.

https://www.qwant.com/?q=uncle%20sam%20your%20country&t=images

« La fonction d’incitation fait appel également à une catégorie de verbes très particuliers, dits performatifs. » Wikipedia précise que les verbes « demander », « affirmer », « proposer » sont ainsi des verbes performatifs. Marina Yaguello poursuit : « Quand on dit : « je te baptise », ou : « je vous déclare unis par les liens du mariage », ou : « je vous proclame élu », ou : « adjugé », etc., la parole équivaut à un acte, mieux, elle en tient lieu et prend valeur juridique. On a affaire à un cérémonial codifié, qui n’a de valeur que si l’énonciateur a qualité pour assumer sa fonction. »

« Relève donc de la fonction d’incitation tout acte de communication qui transforme ou vise à transformer la réalité ou les êtres, qui vise à affecter le cours des événements ou le comportement des individus. »

Pas de baptême, de mariage, d’enchères ou d’élections lors de notre séjour, mais beaucoup de publicités, surtout télévisées, bien sûr.

 

5.3.3. La fonction référentielle

La fonction référentielle signifie que le message renvoie au monde extérieur, elle est donc objective. Elle permet de décrire les faits. Sur Wikipedia, on trouve l’exemple « The autumn leaves have all fallen now. » (les feuilles d’automne sont toutes tombées maintenant).

C’est la fonction référentielle qui nous a permis d’informer nos divers interlocuteurs que le broc d’eau chaude était vide pour mon thé du matin, que le rideau de douche était tombé dans notre salle de bain, que notre pneu avait crevé, mais c’est également cette fonction qui nous a permis d’en apprendre plus sur les ours, bisons et autres animaux des parcs, sur leurs bois et leurs cornes…

Puisqu’elle est objective, cette fonction me fait penser à la ligne des circonstances de la boucle de Brooke.

 

5.3.4. La fonction phatique

Quant à la fonction phatique, c’est-à-dire de communion et de contact social, elle sert à mettre en place, à maintenir ou interrompre la communication. Ainsi, en français, le « allo » au téléphone, ou le « entendu » qui clôt une conversation, font partie de cette fonction phatique en français. En anglais, Wikipedia nous rappelle qu’on trouve « Hello? », « Ok? », « Hummm », « Bye »…

Elle est limitée à mon goût mais ça peut être une porte d’accès également : saluer quand on arrive dans la salle du petit déjeuner, quand on croise des randonneurs, parler de la pluie et du beau temps. Aucun risque que je le fasse car j’en ai rarement conscience (je tombe instantanément dans un coma profond devant la météo à la TV) mais j’ai le souvenir d’un Américain qui m’a signalé, avec un sourire, « you might get wet » (« vous pourriez être mouillée ») quand, en effet, j’étais sous la pluie, sans capuche, sans parapluie (en tant que prof d’anglais d’origine bretonne, j’ai décidé que j’étais imperméable et hydrofuge, na).

 

5.3.5. La fonction métalinguistique

La fonction métalinguistique nous a permis de vérifier que notre analyse du code, c’est-à-dire de la langue anglaise, était correcte, comme avec un dictionnaire ou un mode d’emploi : on dit Cheyenne, Grand Teton… « Buffalo » peut être invariable (on trouve le pluriel en « buffalo » mais aussi terminé par -es : « buffaloes »). Aux Etats-Unis, les saucisses, pour en revenir à ce sujet essentiel, peuvent être « links » (c’est-à-dire liées les unes aux autres dans un même boyau, comme nos saucisses françaises) ou « patties » (comme des galettes).

 

5.3.6. La fonction poétique

La fonction poétique est liée au jeu, au plaisir du texte. Jakobson donne pour exemple les assonances et allitérations « I like Ike » en anglais ou « l’affreux Alfred » en français. C’est la forme du langage qui prime dans le message, comme dans les slogans dont je vous ai déjà parlés, « smile from beer to beer », « squeeze the day »…

Ca demande une certaine assurance et aisance, de manipuler le langage ainsi : il faut connaître tous les sons de l’anglais.

 

Alors, avez- vous des idées pour aborder des inconnus, oui mais des anglophones, afin de pratiquer votre langue vivante ? Peut-être pourriez-vous commencer par comparer les fonctions que vous utilisez dans votre langue maternelle avant de voir si vous pourriez faire de même en anglais ?

 

5.4. Limites

Si vous vous souvenez de la boucle de Brooke dont je vous parle tous les 2 épisodes, les numéros impairs, vous savez qu’améliorer votre anglais oral est le résultat que vous obtenez à force d’aborder les anglophones, ce qui est une action ; que les actions sont générées par nos émotions qui proviennent de nos pensées.

Alors, quelles sont les pensées qui vous assaillent dès que je vous suggère d’aborder des anglophones ?

Vous vous souvenez de l’expression « oui, mais… » ? Eh bien, dès que je me suis lancée le défi de parler à un anglophone chaque jour, les petites phrases limitantes ont surgi dans mon esprit. En voici quelques-unes :

Oui, mais…

  • on ne va pas me comprendre

  • je ne vais pas trouver les mots

  • mon accent n’est pas toujours exact

  • on va me trouver bizarre

  • je vais le déranger

  • je ne le connais pas

  • je ne vais pas savoir le faire

  • je ne vais rien comprendre de sa réponse et ses questions

  • je n’ai pas envie d’être seule car j’ai besoin de soutien alors j’attends un partenaire (ainsi, mes enfants préféraient être ensemble ou avec moi lorsqu’ils devaient s’adresser à un Américain)

Evidemment, tout le travail personnel et passionnant consiste à faire face à ses « oui, mais » à les confronter à des « sauf que »… Par exemple :

  • oui, mais on ne va pas me comprendre. Sauf que je vais réessayer, reformuler jusqu’à être

comprise.

  • oui, mais je ne vais pas trouver les mots. Sauf que je vais prendre mon temps pour les trouver ou utiliser une stratégie différente, comme définir, montrer l’objet dont je parle, donner un exemple…

  • oui, mais on va me trouver bizarre. Sauf que je n’en sais rien et peu importe : les autres pensent ce qu’ils veulent et que ça ne m’empêche pas d’agir, d’aller vers eux, malgré tout !

Bien sûr, il ne s’agit là que de mes propositions. A vous de jouer et de trouver vos propres « oui mais » et de les confronter à vos « sauf que ». Amusez-vous bien !

De mon côté, j’ai appris à provoquer des rencontres plutôt que d’attendre passivement qu’on vienne vers moi. Ca m’a fait du bien, parce que j’ai ainsi pris conscience que c’est une attitude que j’avais dans d’autres domaines aussi, comme l’amitié. J’attendais qu’on me donne des nouvelles au lieu d’en demander. C’est tout bête mais c’est plus simple d’aller chercher ce dont on a besoin, non ?

 

6. Mission

A vous de jouer !

  • Allez-vous relever le défi ? Et pas besoin de forcément partir à l’étranger pour s’y mettre ! Les anglophones sont nombreux autour de nous, ne serait-ce qu’en France, et pas seulement à Paris en saison touristique.

  • Comment allez-vous vous y prendre pour les rencontrer, c’est-à-dire,

  • où ?

  • quand ?

  • qui ?

  • qu’allez-vous dire ?

Avez-vous une préférence parmi les fonctions de communication de Roman Jakobson ? Vous permettent-elles d’avoir des idées ?

  • Quelles justifications surgissent dans votre tête pour ne pas le faire, les « oui, mais », de « je ne sais pas où trouver des anglophones dans mon entourage » à « je n’y arriverai jamais » ?

  • Quelles stratégies allez-vous utiliser pour les contourner, comme par exemple « petit cerveau, as-tu entendu parler d’internet et de Skype ou des applications pour parler des langues du monde entier ? »

 

7. Annonce du prochain épisode

Lors du prochain épisode, le numéro 47, nous évoquerons une nouvelle fois l’une de ces pensées limitantes, en lien avec l’épisode d’aujourd’hui : « je ne sais pas quoi dire ».

 

8. Salutations

Pour finir, n’hésitez pas à me contacter sur si l’envie vous en prend.

Je serais ravie de prendre connaissance de vos aventures linguistiques !

Je vous rappelle que vous trouverez dans la partie bonus du site Anglaisance.com les documents suivants : vos résolutions pour l’anglais, une lettre d’amour à la langue anglaise, et 7 des 10 raisons pour lesquelles vous avez peut-être du mal à apprendre l’anglais :

  1. le principe du tout ou rien ou du noir et blanc

  2. les conclusions hâtives, c’est-à-dire la télépathie et le catastrophisme

  3. la surgénéralisation, quand un simple échec prédit fatalement toutes vos futures défaites

  4. le filtrage, quand on ne voit que les détails négatifs d’une situation.

5.la dramatisation, quand on grossit le négatif ou minimise le positif.

  1. les fausses obligations, toutes ces règles de vie rigides qu’on s’impose.

  2. et enfin, depuis le 1er septembre, le raisonnement émotionnel, quand on croit que notre peur ou autre émotion reflète la réalité, comme s’il y avait vraiment quelque chose à craindre.

Profitez-en : c’est pour vous et c’est tout !

 

« See you next week-end ! Bye ! »