On est parfois paralysé par la peur de se tromper lorsqu’il s’agit de parler anglais. Mais quels sont les véritables risques encourus – réels ou imaginaires ?

1. Introduction

Bonjour ! Vous êtes sur Anglaisance, épisode n°39. Aujourd’hui, nous allons parler de la petite phrase « je ne dois pas me tromper ».



2. Anecdote

Avant de commencer, une petite anecdote. Ma dentiste et moi parlions des fautes d’orthographe et de leur impact sur la compréhension. Elle s’est rappelée de ses cours de fac où, dans les notes d’un camarade, « les gènes hérités des parents » étaient devenus « les gènes irrités des parents », ce qui n’a aucun sens. Les 2 participes passés sont proches par le son, à un près, c’est la même chose, « hérités », « irrités ». C’est ce qu’on appelle une paire minimale, bien pratique justement pour apprendre à distinguer un son d’un autre dans une langue étrangère. Nous aurons l’occasion d’en reparler.

Mais en dehors de cette proximité de son et le participe passé, rien à voir au niveau du sens.

Il m’arrive fréquemment de me relire en trouvant des énormités parce que je n’ai pas fait attention, que je me concentrais plus sur le message que sur la façon de le transmettre. Heureusement, je me relis ! Et plusieurs fois.

De même quand je m’enregistre. Ma langue fourche et je dis « égoutter les consignes » plutôt que « écouter ». Nous en parlions dans les épisodes 34 et 36, les erreurs sont pleines de poésie comique.

 

3. Rappel de l’épisode précédent

Dans l’épisode précédent, le numéro 38, nous avons parlé de l’inattention, de l’attention et de la concentration. Avez-vous su repérer les moments où vous étiez inattentive, ceux où vous étiez attentive et ceux où vous étiez concentrée en anglais ? On peut peut-être faire le parallèle avec intéressée et engagée, comme nous l’avions vu dans l’épisode 2, Raison irrésistible et engagement…

 

4. Objectif de l’épisode

Aujourd’hui, pour faire suite aux épisodes 34 et 36 qui portaient sur l’erreur, nous allons explorer la pensée « je ne dois pas me tromper ».

 

5. Contenu

5.1. Problème – ménage de méninges

5.1.1. Mes étudiants

L’année dernière, lorsque j’ai rencontré un étudiant d’anglais, aussitôt, j’ai constaté que ses mains tremblaient. Rien d’autre ne laissait paraître sa peur mais elle devait être bien présente pour être si visible. Notre entretien s’est bien déroulé et à la fin, je lui ai fait remarquer ses tremblements, qui avaient alors disparu. Il m’a répondu : « j’avais peur de me tromper. »

J’entends souvent cette phrase et ses variantes en cours au lycée : « je ne veux pas me tromper, je ne dois pas me tromper, je n’arrête pas de me tromper, je me trompe tout le temps! »

Je sais qu’elle conduit certains de mes étudiants à tout simplement refuser de passer à l’oral : ils préfèrent avoir un 0 sur 20 plutôt que de commettre des erreurs. Sous forme de Boucle de Brooke, le Modèle de la coach américaine Brooke Castillo qui nous permet de voir l’effet qu’une pensée a sur notre vie, voilà à quoi ça ressemble :

Circonstance – pratiquer l’anglais

Pensée – je fais tout le temps des erreurs

Emotion – peur, honte

Actions – je n’essaie pas, je refuse de faire mon exposé, d’intervenir à l’oral, je passe la parole à quelqu’un d’autre

Résultat – je ne progresse pas

On voit bien que le fait de s’empêcher de faire des erreurs conduit à une plus grande erreur : l’incapacité de progresser. L’erreur est bien là : c’est cette pensée de départ qui est erronée.

Bien entendu, mes étudiants ne sont pas seuls à se dire qu’une erreur serait fatale.

 

5.1.2. Mon expérience

Aujourd’hui, j’étais au téléphone avec ma conseillère bancaire et en attendant que mon appel soit pris, je me suis rendue compte que j’étais très nerveuse, voire angoissée. Je ne suis jamais très à l’aise au téléphone parce que je n’aime pas manquer tous les signaux non-verbaux de la communication : les expressions du visage, les gestes, les regards… tout ce qui se situe dans l’environnement également. J’ai l’impression de ne pas tout comprendre, de ne pas avoir toutes les cartes en ma possession. C’est déroutant.

Alors j’avais fait en sorte que toutes les conditions soient réunies pour que je puisse me concentrer sur la conversation : comme d’habitude, j’avais expliqué aux enfants que je passais un coup de fil, que j’étais nerveuse et qu’il ne fallait surtout pas me déranger pendant ce temps-là.

Et c’est encore pire lorsque je dois parler finance – c’est un sujet qui ne m’intéresse pas du tout, et que je ne maîtrise donc pas non plus. Du coup, j’avais peur. Puisque j’étais en attente, j’ai pris le temps de faire un petit ménage de méninges sur le sujet et j’ai trouvé les pensées suivantes :

Il ne faut surtout pas que je me trompe.

Je n’ai pas le droit à l’erreur.

Si je me trompe, les conséquences pourraient être désastreuses.

Et aussitôt, heureusement, je me suis mise à questionner ces pensées. Je me suis raisonnée en dirigeant mon attention vers des pensées qui m’ont rassurée, comme :

Si je me trompe, je survivrais.

Ce sera l’occasion d’apprendre.

Puisque j’apporte une modification à mon compte, si je me trompe, je pourrais toujours la corriger.

C’est fou, mais je ne m’étais jamais dit ça auparavant. Pour moi, une erreur est gravée dans le marbre, surtout pour quelque chose d’aussi important que l’argent, dont ma survie dans notre société dépend. Il ne m’était jusqu’à présent jamais venu à l’idée que je pouvais corriger une erreur dans cette situation-là : au téléphone, avec ma banque.

Pourtant, j’adore les erreurs. Je les collectionne, je sais qu’elles sont indispensables et révélatrices. Mais, ça, c’est lorsqu’il s’agit de mon domaine de prédilection, ma salle de classe avec mes étudiants. Je sais qu’ils vont se tromper, je sais que c’est ainsi qu’ils progressent, et je trouve ça formidable. Mais encore une fois, mon cerveau cloisonne mes pensées et mes circonstances et il m’appartient de décloisonner : si une erreur est la bienvenue quand mes étudiants parlent anglais, alors elle l’est aussi quand je parle sous. Les situations sont parallèles, il n’y a pas de raison que ça ne fonctionne pas.

Et dès que je me suis dit ces nouvelles petites phrases, je me suis sentie soulagée, je me suis confortablement installée dans mon fauteuil au lieu d’être recroquevillée sur ma table, à couver mon téléphone des yeux. Et en effet, l’appel s’est très bien déroulé : j’ai pu m’exprimer clairement et obtenir ce pour quoi j’appelais. Tout va bien !

 

5.1.3. Et vous ?

Je vous conseille à présent d’effectuer ce que j’appelle un Ménage de Méninges, c’est-à-dire explorer tout ce qui vous passe par la tête dans ce cas-là. Je mets en ligne, pour les abonnés, une petite fiche à ce sujet. Je me suis inspirée du livre Mes 100 modèles Bullet Agenda de Powa chez Solar Editions 2018, pour réaliser une page à la façon du Bullet Journal, un mélange d’agenda et de journal intime. J’ai trouvé la page 111 très jolie : on y voit une jeune femme de profil, portant un chapeau constitué de ses pensées. Bien entendu, pas besoin d’une jolie page pour faire le tri dans nos pensées : n’importe quel bout de papier, n’importe quel stylo ou crayon peut suffire.

Voici quelques questions pour orienter votre réflexion :

  • Vous arrive-t-il de penser que vous ne devez pas vous tromper ?

  • Pouvez-vous vous replonger dans un épisode où ça vous est arrivé ?

  • Quelle était la situation ?

  • Où était-ce ?

  • Quand était-ce ?

  • Avec qui ?

  • Que faisiez-vous ?

  • Que vous êtes-vous dit précisément ?

  • Comment vous êtes-vous alors senti ?

  • Qu’avez-vous fait ?

  • Avez-vous agi et comment ?

  • Avez-vous réagi, c’est-à-dire avez-vous exprimé vos émotions sans pouvoir mener votre projet à bien ?

  • Ou bien au contraire, êtes-vous demeurée inactive ?

  • Au final, quel a été votre résultat à court terme ?

  • Correspondait-il à vos attentes ?

  • Quel a été votre résultat à plus long terme, par exemple : comment vous estimez-vous depuis ce moment-là ?

 

5.2. Exploration

Aujourd’hui, je vous propose de sélectionner une pensée sur le sujet parmi d’autres, parce que je pense qu’elle est très intéressante : « je ne dois pas me tromper. » Les psychologues TCC (Thérapie Cognitivo-Comportementale) ou CBT en anglais (Cognitivo-Behavioral Therapy) ainsi que la coach Brooke Castillo m’ont enseigné que des pensées découlaient nos émotions, qui engendraient nos actions qui aboutissaient à des résultats. Découvrons donc la portée que la pensée « je ne dois pas me tromper » a sur nos vies !

 

5.2.1. Emotions

Que se passe-t-il lorsque je pense « je ne dois pas me tromper » ?

Comment est-ce que je me sens ?

Pour ma part, je suis comme paralysée, tétanisée, anesthésiée. Mais on peut aussi se sentir :

  • abattue par l’ampleur de la tâche,

  • affolée, dans tous ses états parce qu’on imagine tout ce qui pourrait aller de travers,

  • de mauvaise humeur parce qu’on se fait du souci et qu’on ne sait pas le gérer,

  • découragée d’avance parce qu’on croit que, c’est sûr, on va se tromper,

  • embêtée parce qu’on se demande bien comment on va pouvoir faire pour ne pas se tromper,

  • mal à l’aise parce qu’on n’est jamais à l’abri de l’erreur, même si on fait attention,

  • honteuse parce qu’on se dit que commettre une erreur, c’est la voie royale pour l’humiliation,

  • apeurée parce que notre objectif n’en est que plus compliqué,

  • vulnérable parce qu’on va être exposée au jugement des autres… Etc.

Pour vous inspirer, je vous recommande un document très complet, intitulé « Liste de 1025 sentiments répartis en 11 catégories émotionnelles » dont vous trouverez le lien sur Anglaisance.com.

 

5.2.2. Actions

Et que fait-on lorsqu’on pense « je ne dois pas me tromper » ?

S’agit-il d’actions, de réactions ou d’inactions ?

 

5.2.2.1. Inaction

Pour ma part, il s’agit très clairement d’inaction : je résiste à la moindre envie d’agir. Je me dis qu’au moindre geste, à la moindre initiative, je cours le risque de me tromper et comme il y a cette interdiction à l’erreur dans ma tête, je préfère l’inaction, l’inertie, au risque encouru. On peut donc baisser les bras, renoncer à son projet.

 

5.2.2.2. Réaction

Mais peut-être s’agit-il pour vous de réaction, c’est-à-dire que vous exprimez votre émotion, que ce soit la peur, la honte, le malaise, etc. Par exemple, si vous êtes de mauvaise humeur lorsque vous pensez « je ne dois pas me tromper », vous allez alors avoir tendance à vous en prendre au premier venu, à vous montrer désagréable, ce qui peut entraîner un conflit qui ne va évidemment rien résoudre à votre problème d’erreurs en anglais.

 

5.2.2.3. Action

La 3e possibilité est l’action en tant que telle. Etes-vous active quand vous pensez « je ne dois pas me tromper » ? Que faites-vous alors ?

 

5.2.3. Résultats

En ce qui me concerne, donc, si je pense « je ne dois pas me tromper », j’ai peur et je demeure parfaitement passive. Par conséquent, je n’aboutis à rien. Aucun résultat positif. Rien à voir avec le résultat souhaité, communiquer avec un anglophone, par exemple.

En revanche, il y a du négatif : je perds confiance en moi puisque je ne me suis pas donnée la chance de progresser ou d’échouer, en essayant seulement. Dommage.

Et ces conséquences peuvent s’étendre sur le long terme : je me replie encore un peu plus sur moi-même, je me renferme sur moi, je n’atteins pendant ce temps-là aucun de mes rêves…

 

5.2.4. Questionner la pensée – les « 3 passoires de Socrate »

Je vous propose à présent, comme d’habitude, de questionner cette pensée avant de proposer des alternatives. J’aime bien poser les 3 questions appelées « les 3 passoires de Socrate » pour explorer une pensée.

 

5.2.4.1. Est-elle utile ?

La 1ère de ces 3 questions est « cette pensée est-elle utile ? ». Est-il utile de se dire « je ne dois pas me tromper » ? Peut-être se sent-on en sécurité, comme protégée de dangers assurés, comme l’humiliation publique, comme un avenir gâché si on commet la moindre erreur à un examen…

 

5.2.4.1.1. Utilité passée et surgénéralisation

D’ailleurs, si on a adopté la pensée « je ne dois pas me tromper », c’est qu’à un moment précis, elle nous a été indispensable. Je me représente aussitôt ces films d’action où c’est une question de vie ou de mort : si le héros ne coupe pas le bon fil, la bombe explose et tout est fini.

  • Alors, vous rappelez-vous d’un moment où le fait de vous tromper ou pas en anglais a tout changé dans votre vie ?

  • Quelle erreur avez-vous commise ou évitée ?

Et puis le problème avec cette phrase, « je ne dois pas me tromper », c’est qu’elle est finalement très vague. Je ne dois pas me tromper, mais à quel point de vue ?

  • pour la grammaire ?

  • le lexique ?

  • la prononciation ?

  • la civilisation ?

  • ce que j’ai compris du document de départ ?

On fait comme un bloc de tout ce qui pourrait mal tourner et on ne décompose pas. Dommage… Pire, on se dit que si ça a mal tourné, ne serait-ce qu’une seule fois, alors ça va à nouveau mal se passer. On généralise à l’extrême :

  • le passé devient le futur, une erreur passée va forcément se reproduire,

  • le détail devient général, une erreur de prononciation va devenir un monceau d’erreurs dans tous les domaines. C’est ce qu’on appelle la surgénéralisation, une erreur de pensée ou distorsion cognitive. Dans la partie bonus du site Anglaisance.com, vous trouverez un petit fascicule à ce sujet si vous le souhaitez.

 

5.2.4.1.2. Perfection

On a donc dans l’idée que l’erreur n’est pas permise parce qu’elle nous serait fatale. Il faut que ce soit parfait, une bonne fois pour toutes. Et c’est ce qu’on appelle le perfectionnisme. D’ailleurs, on retrouve cette idée d’absolu dans la variante « je me trompe tout le temps ». Là aussi, on peut questionner cette pensée, qui est juste ce que les psychologues TCC (Thérapies Cognitivo-Comportementales) appellent une distorsion cognitive ou erreur de pensée. Si cela vous intéresse, elle fait partie des bonus sur le site Anglaisance.com : c’est le principe du tout ou rien ou du noir et blanc. Il faut que tout soit parfait ou ne soit pas, il n’y a pas d’entre-deux possibles. C’est tout ou rien, noir ou blanc, ça ne peut pas être un peu ou gris.

De mon côté, je ne trouve pas l’immobilisme utile du tout. Je n’ai pas l’intention de vivre ma vie refermée sur moi-même, à ne rien oser, à ne RIEN tenter, à avoir peur de TOUT, de crainte de… Mais de quoi, au fait ?

 

5.2.4.2. Est-elle vraie ?

Cette pensée « je ne dois pas me tromper » est-elle basée sur la réalité ?

 

5.2.4.2.1. Le catastrophisme

Quand on se dit « je ne dois pas me tromper », c’est qu’on est tétanisé par les risques encourus, on est obsédé par les conséquences, forcément désastreuses. En effet, on se persuade que l’issue est inévitablement fatale, on se convaint que l’avenir est déjà tout tracé et qu’on le connaît, comme si on avait une boule de cristal et qu’on lisait l’avenir.

Vraiment ? N’avez-vous jamais été surprise de la tournure favorable que prenaient les choses, contre toute attente ? N’avez-jamais été inquiète pour ce qui, finalement, s’est bien passé ? A voir… Vraiment ?

Que se passerait-il, si je me trompais ? On a vu qu’avec mon entretien téléphonique avec ma banque, je pouvais revenir en arrière, corriger, même si c’était plus ou moins désagréable, à plus ou moins long terme, selon l’erreur que je commettais. Mais j’aurais survécu.

De même, pour mes étudiants : s’ils osaient passer à l’oral ET se trompaient, que leur arriverait-il ? On peut aller vers le catastrophisme, une erreur de pensée que j’ai traitée dans la partie bonus du site Anglaisance.com. On peut imaginer le pire scénario possible, juste pour voir, pour vraiment mettre des mots sur ces craintes diffuses.

  • ils pourraient ne pas être compris

  • on pourrait se moquer d’eux

  • ils pourraient avoir une mauvaise note

  • ils pourraient avoir honte

Et alors ? S’ils ne parlent pas, ils ne vont pas être compris, on peut aussi se moquer d’eux, ils vont certainement avoir une mauvaise note et pourraient aussi ressentir la honte. En fait, s’ils n’osent pas se tromper, ils subissent forcément les conséquences négatives de leur inaction, encore pire que s’ils avaient osé parler. Car alors, ils auraient pu se dépasser, progresser, avoir une meilleure note que 0 sur 20 (ce n’est pas si difficile que ça !), avoir une bonne opinion d’eux-mêmes, avoir exercé leur courage…

Si on pense en termes de coûts et de bénéfices, j’ai l’impression que les avantages à oser se tromper sont bien plus nombreux que les inconvénients. Qu’en pensez-vous ?

 

5.2.4.2.2. Le filtrage

Non seulement on est en plein catastrophisme quand on se dit « je ne dois pas me tromper », mais on est aussi dans une autre erreur de pensée, que vous trouverez également dans la partie bonus du site Anglaisance.com : le filtrage. C’est-à-dire qu’on ne voit plus que le négatif. Dans « je ne dois pas me tromper », on n’a en tête que l’erreur, comme si elle était inévitable. N’y a-t-il pas d’autres options possibles à garder à l’esprit ? Quitte à filtrer le réel, pourquoi ne pas choisir un point de vue positif plutôt que négatif ?

 

5.2.4.3. Est-elle bienveillante ?

Enfin, la pensée « je ne dois pas me tromper » est-elle bienveillante ? Etes-vous gentille envers vous-même lorsque vous vous dites cela ? Avez-vous remarqué la tournure « je ne dois pas » ? Cela implique l’interdiction.

Mais n’est-ce pas, là encore, une erreur de pensée ? Il s’agit cette fois-ci d’une fausse obligation, que les abonnés trouveront encore dans la partie bonus du site Anglaisance.com. C’est ce qu’on appelle une fausse obligation parce qu’il s’agit d’une règle qu’on s’impose mais… peut-être a-t-on le choix ? Qui a décrété qu’il ne faut pas se tromper ? Quelle est la petite voix, la voix à la noix dans notre tête, qui nous interdit de nous tromper ?

Vous avez peut-être déjà constaté que notre esprit était rempli de ces interdictions et obligations, à tel point que le psychologue David Burns, auteur de « Feeling Good » paru aux éditions New American Library en 1981, les appelle « musterbation », un mot valise réalisé à partir de l’auxilaire modal « must », qui signifie « devoir » et « masturbation » – oh ! L’idée est qu’on ressasse sans cesse ces règles mais qu’il n’en ressort rien de très productif. Parce que le problème avec ces obligations ou interdictions, c’est qu’on finit par ne plus les questionner, qu’on les accepte telles qu’elles.

Si je consulte ma grammaire française, Le Grévisse de l’Etudiant, de Cécile Narjoux, paru aux éditions Deboeck Supérieur en 2018, je lis que le verbe « devoir » fait partie des modalisateurs, qui « rendent compte du degré d’adhésion de l’énonciateur par rapport à son énoncé ». Autrement dit, quand je dis « je ne dois pas », je le crois à 100%. « Devoir » fait partie des modalités virtualisantes, comme « vouloir », c’est-à-dire que ça n’est pas parce qu’on dit « je veux » ou « je dois » que ça va devenir réalité. Ca reste virtuel, du domaine du pensé, du rêve, pas réalisé. Plus précisément, « devoir » est une modalité déontique, qui signifie en grec « ce qu’il faut », c’est-à-dire que « l’énoncé se donne comme obligatoire, facultatif, permis, défendu. » Quand on se dit « je ne dois pas me tromper », cela signifie aussi « je dois réussir », « il ne m’est pas permis de me tromper », « l’erreur m’est défendue », « il m’est interdit de me tromper ».

 

6. Mission

A vous ! Votre mission aujourd’hui, si vous l’acceptez, consiste à repérer ces moments où vous vous dites, lorsque vous étudiez l’anglais ou lorsque vous communiquez en anglais : « je ne dois pas me tromper », ou toute autre variante concernant les erreurs.

  • Vous arrive-t-il de penser que vous ne devez pas vous tromper ?

  • Pouvez-vous vous replonger dans un épisode où ça vous est arrivé ?

  • Quelle était la situation ?

  • Où était-ce ?

  • Quand était-ce ?

  • Avec qui ?

  • Que faisiez-vous ?

  • Que vous êtes-vous dit précisément ?

  • Comment vous êtes-vous alors senti ?

  • Qu’avez-vous fait ?

  • Avez-vous agi et comment ?

  • Avez-vous réagi, c’est-à-dire avez-vous exprimé vos émotions sans pouvoir mener votre projet à bien ?

  • Ou bien au contraire, êtes-vous demeurée inactive ?

  • Au final, quel a été votre résultat à court terme ?

  • Correspondait-il à vos attentes ?

  • Quel a été votre résultat à plus long terme, par exemple : comment vous estimez-vous depuis ce moment-là ?

 

7. Annonce du prochain épisode

Lors du prochain épisode, nous évoquerons la concentration à nouveau, cette fois-ci avec les travaux de Jean-Philippe Lachaux, afin d’apprendre à mieux se concentrer.

 

8. Salutations

Pour finir, n’’hésitez pas à me contacter sur anglaisance@outlook.com si l’envie vous en prend.

Je serais ravie de prendre connaissance de votre plus grande difficulté en anglais ou bien de parler de vos expériences et progrès en début d’épisode !

Je vous rappelle que vous trouverez dans la partie bonus du site Anglaisance.com les documents suivants : vos résolutions pour l’anglais, une lettre d’amour à la langue anglaise, et 6 des 10 raisons pour lesquelles vous avez peut-être du mal à apprendre l’anglais :

  1. le principe du tout ou rien ou du noir et blanc

  2. les conclusions hâtives, c’est-à-dire la télépathie et le catastrophisme

  3. la surgénéralisation, quand un simple échec prédit fatalement toutes vos futures défaites

  4. le filtrage, quand on ne voit que les détails négatifs d’une situation.

  5. la dramatisation, quand on grossit le négatif ou minimise le positif.

  6. et enfin, depuis le 1er août, les fausses obligations, toutes ces règles de vie rigides qu’on s’impose.

Profitez-en : c’est pour vous et c’est tout !

 

Exercice de mémoire

Enfin, rappelez-vous : la semaine dernière, à la fin de l’épisode 38, je vous avais donné une date à mémoriser en utilisant à la fois les associations des chiffres et celles des jours de la semaine. Vous en souvenez-vous ? Il s‘agissait de « Monday the 18th (eighteenth) », que, personnellement, je me représente avec la lune ou « moon » de lundi ou « Monday », suivi d’une urne puisqu’en France, on a le droit de voter à notre majorité, c’est-à-dire à partir de 18 ans. Et vous, comment avez-vous mémorisé cette date ?

Après les jours de la semaine, on complexifie un peu plus : les mois bien sûr ! Comment allez-vous vous rappeler des 12 mois de l’année, de janvier à décembre ? Quelles sont les associations que vous allez faire ? Exagération, mouvement, incongruité, implication personnelle ! Amusez-vous bien !

 

See you next Saturday ! Bye !

 

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