Parfois, quand on travaille en anglais, on pense « c’est dur ». A quoi correspond ce « c’ » ? Comment se sent-on ? Que fait-on ? Quel est le résultat ?

1. Introduction

Bonjour ! Vous êtes sur Anglaisance, épisode n°35. Aujourd’hui, nous allons examiner la petite phrase « c’est dur ».



2. Préambule

2.1. Félicitations

Avant de commencer, je tiens à féliciter, disons Matthew, qui a été admis, comme il le souhaitait, dans une école de commerce, l’EDHEC, où il aura la chance de suivre des cours exclusivement en anglais. Fabuleux !

Et je félicite également tous mes étudiants de BTS banque et NRC (Négociations et Relations Clients) ainsi que mes élèves de terminale qui ont obtenu leur diplôme avec parfois d’excellentes notes en anglais. Bravo et merci pour l’inspiration que vous pouvez procurer !

 

2.2. Exercice de mémoire

La semaine dernière, à la fin de l’épisode 34, nous nous étions quittées avec un petit exercice, pour améliorer votre capacité d’association et de mémorisation. Je vous avais proposé de retenir un numéro de téléphone, soit à la façon anglo-saxonne, unité par unité, soit à la façon française, en les groupant par 2 (ce qu’en anglais on appelle des « chunks »).

Vous souvenez-vous aujourd’hui de ce (faux) numéro de téléphone ? Je vous propose ma version en images.

 

2.2.1. 0 1 7 0 2 5 1 6 6 0

Pour ce qui est de la version avec les unités, j’imagine

  • un soleil pour 0 (c’est la même forme ronde),

  • un homme debout pour le un, mais ça pourrait aussi être un stylo,

  • un arc-en-ciel comme nous en avons déjà parlé pour le 7,

  • à nouveau un soleil pour le zéro (à moins que je n’ai envie de le remplacer par un ballon, mon fils étant fan de foot)

  • le symbole du yin et du yang pour le 2

  • une étoile à 5 branches pour le 5

  • un couple de tortues pour les 2 6

  • et à nouveau un soleil ou un ballon pour le dernier zéro.

Si plutôt qu’une succession de chiffres et donc d’images, je choisis de donner du sens à tout ça, je peux m’inventer une histoire sous la forme suivante : le personnage principal veut… mais… alors…

  • Il fait beau et un homme, notre personnage principal, se trouve debout sous le soleil au bout d’un arc-en-ciel.

  • Il veut parcourir cet arc-en-ciel pour arriver de l’autre côté, sous un autre soleil, où se trouve sa moitié.

  • Mais une étoile lui bloque le chemin.

  • Il décide alors de chevaucher 2 tortues et atteint enfin le 2e soleil.

C’est totalement farfelu, ça ne vous parle peut-être pas du tout parce que ça provient de mon imagination et que ces associations sont très personnelles, mais n’hésitez pas à vous entraîner avec vos images et vos histoires.

 

2.2.2. 01 70 25 16 60

La version en dizaines commencera de même puisqu’il s’agit de 0 1, donc on peut choisir à nouveau un homme debout sous le soleil. En revanche,

  • pour 70, je vous propose le symbole du copyright, vous savez, ce petit c entouré d’un cercle. C’est que, si je ne dis pas de bêtises, les œuvres tombent dans le domaine public 70 ans après le décès de leur auteur, ce qui permet de télécharger des « eBooks » ou livres numériques, ou d’écouter des audiolivres gratuitement sur les sites Littérature Audio en français ou Librivox en anglais. Profitez-en !

  • le 25 correspond à une montagne de cadeaux à l’occasion de la fête de Noël, le 25 décembre

  • le 16 est un portefeuille puisqu’à partir de 16 ans en France, les jeunes peuvent travailler légalement

  • le 60 est l’actrice Jennifer Grey, qui a joué dans le film « Dirty Dancing », et qui est née en 1960.

 

2.3. Bonus de juillet – la dramatisation

Je voulais aussi vous signaler que vous trouverez en ligne, à télécharger si vous êtes abonnée à la pensée hebdomadaire d’Anglaisance, la 5e raison pour laquelle vous avez, peut-être, du mal à apprendre l’anglais. Il s’agit pour le mois de juillet de la dramatisation – vous savez, quand on a tendance à grossir ses défauts et à minimiser ses points forts ?

Ce qu’il y a de très intéressant, c’est que j’ai réalisé cette fiche il y a de cela quelques semaines et qu’entre temps, j’ai oublié. Et puis, peu avant de la mettre en ligne, je l’ai relue et j’ai été sidérée de voir à quel point cela correspondait à ma situation de la veille, où j’avais grignoté. Et oui, j’avais parfaitement tendance à dramatiser, à croire qu’une tartine constituait le point final de mes efforts, un retour à la case départ et que ça allait être encore et toujours la même difficulté jusqu’à la fin des temps…. Fascinant !

N’empêche, cette situation m’a permis d’ajouter quelques détails à cette fiche et m’a, par conséquent, fourni l’occasion de me montrer reconnaissante pour mon grignotage de la veille. Je suis vraiment déterminée à prendre les choses par leur côté le plus utile, le plus favorable à mon existence. Et vous ?

 

3. Rappel de l’épisode précédent

Dans l’épisode précédent, le numéro 34, nous avons parlé du traitement de l’erreur. En avez-vous profité pour revoir certains exercices et tenir compte de ce pour quoi vous vous étiez trompées ?

 

4. Objectif de l’épisode

Aujourd’hui, nous allons explorer la petite phrase « c’est dur ».

 

5. Contenu

5.1. Ménage de méninges

5.1.1. Faits

Cet épisode m’a été inspiré par des réflexions de mon fils, des exclamations de mes étudiants en cours mais également par mes propres pensées.

  • J’ai noté qu’à plusieurs reprises, mon fiston, disons qu’il s’appelle Xander, s’exclamait « C’est dur ! » avant même qu’on mette en marche le document audio en chinois.

  • C’est mon cas aussi quand je pense aux lettres commerciales. Elles sont au programme de notre BTS CI, c’est-à-dire le Brevet de Technicien Supérieur Commerce International, et jusqu’à présent, je n’ai pas eu l’occasion de traiter ce type d’épreuves. Je suis donc assez mal à l’aise avec ce genre d’exercice, son vocabulaire très précis avec les salutations d’usage, les requêtes polies, la mise en page et son ordre particulier, bien entendu différent entre l’anglais et le français, d’autant plus que si, dans la réalité, j’écris à un interlocuteur anglophone, je le fais par mail, pas par ce que les anglophones appellent « slow mail » ou « snail mail », le courrier lent ou le courrier escargot, c’est-à-dire la poste. Donc, c’est un univers tout nouveau pour moi, et… « c’est dur ».

  • 3e exemple : j’ai également remarqué que lorsque je voulais réduire mon grignotage, la pensée « ça va être dur » me traversait très fréquemment l’esprit.

  • Vous arrive-t-il de penser « c’est dur » quand vous vous décidez de vous mettre à l’anglais, qu’il s’agisse de commencer à lire un courrier, d’écouter une émission radio ou de dialoguer avec un anglophone ? Quelles sont les circonstances exactes ?

 

5.1.2. Le problème

5.1.2.1. Causes

Et puis, pourquoi pensons-nous « c’est dur » ?

  • On peut penser « c’est dur » parce que ça pose problème depuis longtemps. Je pense alors que c’est dur parce que c’est un vieux problème. Je suis habituée à le trouver dur. Si j’ai toujours eu du mal en anglais, ça semble logique de penser qu’encore une fois, je vais avoir du mal.

  • On peut aussi appréhender, on se fait des films catastrophes : « je ne vais rien comprendre », « je ne m’en sortirai pas » ou pire « je n’y arriverai jamais », « je vais me trouver nulle », « je vais me décevoir »…

  • En fait, on n’est pas habitué à faire ce qu’on a à faire : ressentir l’émotion du dépaysement, de l’inconfort, n’est pas agréable. Au contraire, c’est plutôt pénible, voire insupportable.

 

5.1.2.2. Conséquences

Mais quelles sont les conséquences de penser « c’est dur » ?

C’est un cercle vicieux, une prémonition qui se réalise : on ne voit que ce qui est dur, que ce qui résiste et pose problème, même si ça n’est pas la plupart du temps. Notre pensée ne nous fait voir que les preuves qui correspondent à « c’est dur ». Seul ce qui est dur reste à la surface de notre pensée : je vais m’intéresser à tous les mots que je ne comprends pas, au mal que j’ai à prononcer les R à l’anglaise, etc.

Et quand je me dis « c’est dur », j’ai l’impression que tout en moi se fige, comme un mur, dur donc : il n’y a aucune possibilité de voir les choses autrement. Mon esprit butte sur cette pensée tellement rigide qu’elle ressemble à un fait.

Rappelez-vous de la boucle de Brooke, le modèle ou grille d’analyse de la coach américaine Brooke Castillo : les circonstances, les faits qui ne dépendent pas de notre volonté, peuvent déclencher nos pensées, qui engendreront nos émotions, qui nous pousseront à l’action, l’inaction ou la réaction, ce qui donnera nos résultats.

Si ma circonstance est l’écoute d’un document audio, je peux penser « c’est dur de comprendre ». Je vais alors me sentir découragée. Dans ces cas-là, mon action va plutôt être une inaction : je ne vais pas vraiment essayer de comprendre. Et, fatalement, mon résultat va être que je ne vais pas comprendre ce document.

Alors, comment sortir de ce cercle vicieux ?

 

5.2. Solution : observer

5.2.1. Quoi ?

D’abord, définissons précisément ce à quoi « c’est » correspond. Qu’est-ce qui est dur, particulièrement ? Quand on va appuyer sur l’icône « lecture », qu’est-ce qui est dur à ce moment-là ? Rien, bien sûr, puisque ça n’a pas commencé. C’est très clairement la pensée qu’on a de ce qu’on va écouter. On s’imagine que le document audio va être compliqué. Ici, donc, le « c’ » correspond au document audio mais le temps présent du verbe « être » indique bien qu’on vit ça au présent plutôt qu’au futur. On sait qu’on se fait des films à l’avance.

On est en plein catastrophisme, que les psychothérapeutes TCC ou Thérapies Cognitivo-Comportementales (CBT en anglais = cognitivo-behavioural therapy) appellent une conclusion hâtive et plus particulièrement le catastrophisme. On se fait un film noir de ce qui va arriver. C’est l’objet d’un des bonus que vous trouverez sur le site anglaisance.com.

Et puis peut-être vous souvenez-vous qu’avec « être », on identifie, on fait comme une égalité entre le sujet et ce qui suit, comme si le « c’ » était égal à dur, comme si c’était un fait aussi, pour lequel tout le monde était d’accord. Et c’est là le piège. Ce petit « c’ », d’apparence innocente, identifié à l’adjectif « dur », nous donne l’impression que c’est neutre, objectif, évident pour tout le monde, comme s’il n’y avait qu’une seule et unique façon de voir la situation.

 

5.2.2. Degré

Par ailleurs, peut-être pouvez-vous remarquer à quel point vous croyez que ressentir cette émotion va être difficile. Sur une échelle de 0 (extrêmement facile) à 10 (extrêmement difficile), où vous situez-vous ?

Refaites le même exercice après avoir écouté votre document. Où situez-vous le curseur à présent : était-ce aussi difficile que vous le pensiez ?

 

5.2.3. Questionner la pensée – les « 3 passoires de Socrate »

On peut à présent examiner cette pensée à l’aide des 3 passoires de Socrate. Cette pensée « c’est dur » nous est-elle utile ? Est-elle vraie ? Est-elle bienveillante ?

 

5.2.3.1. Est-elle utile ?

Quand on se dit « c’est dur », que se passe-t-il ? Nous l’avons vu :

Circonstances – document audio

Pensée – C’est dur !

Emotion – découragée

Actions – je n’essaie même pas, ou très mollement

Résultat – je n’y arrive pas

La prémonition est donc réalisée. On pensait que c’était dur et on l’a confirmé, on en a trouvé les preuves. Mais est-ce bien utile ? Cette pensée nous rend-t-elle service ?

Si notre but est de ne pas nous confronter à nos échecs, d’en prendre conscience, alors oui.

Mais si nous voulions progresser, alors non : le découragement ne donne jamais de résultats agréables.

 

5.2.3.2. Est-elle vraie ?

Nous avons vu que quand on se dit « c’est dur », la tournure impersonnelle, l’utilisation du « c’est » nous donne l’illusion que c’est une interprétation partagée par tous, comme si le monde entier pensait que oui, c’est dur, et il n’y a pas d’autres façons possibles de voir la situation.

Mais est-ce bien vrai ? Il suffit qu’une seule personne voit ça autrement pour qu’on se rende compte que c’est juste une vue de l’esprit, d’un esprit, et qu’on n’est pas obligé d’adopter ce point de vue-là puisque d’autres sont possibles. C’est bien une pensée, une opinion, une interprétation et si je pense que c’est dur, d’autres, pour exactement les mêmes circonstances, peuvent ne rien penser de particulier tandis que d’autres encore, au contraire, vont trouver ça facile.

Par exemple, si mon fiston pense « c’est dur » au moment d’écouter un document audio en chinois mandarin, son père ne se fait pas du tout la même réflexion. Et pourquoi donc ? Qu’est-ce qui les différencie ? Bien entendu, ils ne font pas partie de la même génération, ils n’ont pas le même âge, la même expérience. L’un a grandi dans un environnement franco-chinois, l’autre dans un univers franco-anglais. Ils n’ont donc pas les mêmes habitudes.

Et si c’était tout ? Et si, plutôt que « le document audio est dur », pensée qui n’a rien d’objectif malgré les apparences, on se disait « je n’ai pas l’habitude » ? Ca recentrerait l’interprétation sur nous-même, humain en constante évolution, plutôt que sur l’objet, le document audio. Et ce serait mieux, vous ne trouvez pas ? Parce qu’autant on n’a aucun contrôle sur le document audio, quel qu’il soit, autant on peut s’entraîner à écouter des documents autant qu’on veut ou qu’on le peut. On a la main sur notre pratique. Le passage de la tournure impersonnelle « c’est » au sujet « je » fait toute la différence, qu’en pensez-vous ?

 

5.2.3.3. Est-elle bienveillante ?

Quand on se dit « c’est dur » et qu’on tourne le projecteur vers le document audio, la lettre commerciale ou quoi que ce soit d’autre, on oublie totalement le point de départ, à savoir nous-même. Par conséquent, on se sent comme dépossédée de toute action, comme impuissante. Comme s’il n’y avait rien à faire. C’est tout, sauf bienveillant, vous ne croyez pas ?

 

Or, je vous en parle depuis déjà 35 épisodes, tout commence par nos propres pensées. Il est donc extrêmement important de se concentrer sur ce qui nous passe par la tête. Lorsqu’on pense « c’est dur », c’est juste une option parmi d’autres. On a dû la choisir à un moment donné pour se protéger de la déception, au cas où, effectivement, on avait du mal : ce n’est pas moi qui suis anormal, c’est le degré de difficultés qui est trop élevé.

D’accord, cette tactique a pu nous servir. Mais choisirait-on aujourd’hui encore une pensée qui ne nous rend pas service, qui nous fait nous sentir impuissante devant l’adversité, qui complique les choses quand, de toute façon, il va bien falloir écouter ce message laissé en anglais sur le répondeur, ou rédiger cette lettre ?

 

6. Mission

A vous de jouer à présent !

  • Dans quelles circonstances pensez-vous « c’est dur » ? Où vous trouvez-vous, à quel moment, avec qui, que faites-vous ou qu’allez-vous faire ?

  • A quoi correspond ce « c’ » précisément ?

  • Pensez-vous « c’est dur » ou bien s’agit-il d’un futur, « ça va être dur » ?

  • Quelle est votre émotion lorsque vous pensez ainsi ?

  • Que faites-vous lorsque vous pensez « c’est dur » ? Evitez-vous ce qui vous paraît difficile en grignotant, consultant vos messages, fumant une cigarette, vous installant devant un écran… ? Vous mettez-vous au travail, mais sans vraiment de conviction ? Vous en prenez-vous à la 1ère personne qui passe en lui faisant tout un tas de reproches ?

  • Et enfin, quel résultat obtenez-vous ? Réussissez-vous à accomplir ce que vous vouliez faire ?

Il serait ensuite intéressant que vous réfléchissiez aux 3 passoires de Socrate. La pensée « c’est dur » est-elle pour vous utile, vraie, bienveillante ?

 

7. Annonce du prochain épisode

Lors du prochain épisode, nous évoquerons encore cette question fascinante de l’erreur, mais cette fois-ci du point de vue des experts comme Olivier Houdé.

 

8. Salutations

Il est encore temps, si vous le souhaitez, de m’envoyer un petit message pour m’exposer votre plus grande difficulté en anglais, à l’adresse puisque cette proposition reste valable jusqu’au 19 juillet.

Si vous le souhaitez, n’hésitez pas à me faire part de vos progrès ou de vos réussites et posez-moi les questions qui vous sont passées par la tête lors de cet épisode !

Je vous rappelle que vous trouverez dans la partie bonus du site Anglaisance.com les documents suivants : vos résolutions pour l’anglais, une lettre d’amour à la langue anglaise, et 5 des 10 raisons pour lesquelles vous avez peut-être du mal à apprendre l’anglais :

Profitez-en : c’est pour vous et c’est tout !

 

Exercice de mémoire

Pour finir, notre petit exercice de mémoire hebdomadaire. On passe à l’anglais ? Voici une question dont la réponse est un chiffre. Saurez-vous comprendre la question ? Y répondre ? Retenir la réponse, de préférence avec une association, qu’il s’agisse d’une image, d’une rime ou de toute autre chose, d’ici la semaine prochaine et l’épisode 36 ? « Challenge accepted, I hope » (j’espère que vous relevez le défi !).

 

« How many lives have cats got ? »

 

On en reparle la semaine prochaine !

 

« See you ! »