Que se passe-t-il quand on se dit, face à un document en anglais, « je ne comprends rien » ? Cette pensée est-elle seulement vraie ? Ou utile ? Si ça n’est pas le cas, par quelle pensée plus réaliste et plus bénéfique peut-on la remplacer ?

1. Introduction

Bonjour ! Vous êtes sur Anglaisance, épisode n°27. Aujourd’hui, nous allons parler de la petite phrase « je ne comprends rien ».



2. Recommandation

Avant de commencer, je vous recommande le livre que je suis en train de lire : « Que se passe-t-il en moi ? Mieux vivres ses émotions au quotidien », d’Isabelle Filliozat, aux éditions Jean-Claude Lattès. C’est très éclairant pour quelqu’un comme moi qui a encore du mal à identifier ses émotions et ses sentiments, dont l’auteur explique bien la différence. D’ailleurs, la page 50 consiste en un précieux tableau où elle associe les sensations aux émotions. Elle en distingue 6 : la peur, la colère, l’amour, la joie, la tristesse et le dégoût. Elle explique que la plupart des psychologues s’accordent sur la peur, la colère, la joie et la tristesse, ce qui est pratique à retenir en anglais avec « sad » (= triste), « mad » (= fou ou folle de colère), « glad » (= ravie) et « scared » (= effrayé). Certains experts ajoutent le dégoût et Isabelle Filliozat considère que l’amour est une émotion importante.

2.1. Peur

« Accélération cardiaque, baisse de la température de la peau, sensation de froid, poils qui se dressent, chair de poule, bouche sèche, estomac serré, mains moites, sang dans les muscles des jambes, le visage pâlit. »

2.2. Colère

« Forte accélération cardiaque, importante augmentation de la température de la peau, sensation de chaleur, le sang afflue dans les mains, la mâchoire inférieure avance, tension dans la mâchoire, sourcils froncés, expir plus long que l’inspir, poings serrés, envie de frapper. »

2.3. Amour

« Chaleur dans la poitrine pouvant aller jusqu’à la brûlure, ralentissement du rythme cardiaque, détente dans tout le corps, mains chaudes, rosissement du visage. »

2.4. Joie

« Le cœur bat fort mais la fréquence cardiaque ralentit, respiration ample, chaleur dans la poitrine. »

2.5. Tristesse

« Accélération cardiaque moindre que dans la colère, très faible augmentation de la température de la peau, baisse du tonus, serrement au niveau de la poitrine, entre les seins, crispation des membres, pleurs. »

2.6. Dégoût

« Lèvre supérieure retroussée sur les côtés, le nez se plisse, nausée, sensation désagréable au niveau du diaphragme, envie de vomir, ralentissement cardiaque, diminution notable de la température de la peau. »

Je retiens de cette liste que pour observer une émotion on peut tenir compte de différents paramètres comme les suivants :

  • le rythme cardiaque : s’accélére-t-il ou ralentit-il ?
  • la température de la peau : baisse-t-elle ou augmente-t-elle ?
  • les couleurs que prend la peau : pâleur ou rougeur ?
  • l’afflux de sang : dans les mains, les jambes, le visage… ?
  • y a-t-il tension ou détente et où : dans la mâchoire, les mains, la poitrine… ?
  • la respiration : est-elle ample ou restreinte ?
  • autres sensations : froid ou chaleur ? sécheresse ou humidité ?

A partir de ces informations, je trouve intéressant de faire ce qu’on appelle un balayage corporel ou, en anglais, « a body scan » : il s’agit d’observer les différentes parties du corps et de noter celles qui justement subissent des changements notables. Quels sont ces endroits ? Que s’y passe-t-il ? Le fait d’observer a-t-il des conséquences ? Ces sensations liées à vos émotions se modifient-elles ? Sont-elles amplifiées ou diminuées ? Notre corps nous parle et comme l’écrit Isabelle Filliozat, nos émotions « sont des outils de la conscience » dont il serait dommage de faire abstraction.

3. Rappel de l’épisode précédent

Dans l’épisode précédent, le numéro 26, nous avons inspecté le document « Unhelpful Thinking », du Dr Chris Williams, qui expliquait que nos pensées négatives ne nous rendaient pas service et qu’on n’était pas obligé de les garder telles quelles. Avez-vous essayé de comprendre le reste du texte par vos propres moyens, en tenant compte de la démarche proposée, c’est-à-dire repérer le connu pour mieux comprendre l’inconnu ?

4. Objectif de l’épisode

Aujourd’hui, nous allons appliquer les conseils du Dr Chris Williams et voir dans quelle mesure la pensée « je ne comprends rien » fait partie du « Unhelpful Thinking », c’est-à-dire de ces pensées limitantes qui nous empêchent d’atteindre les objectifs que nous nous fixons.

5. Contenu

5.1. Problème – ménage de méninges

Je tiens l’inspiration pour cet épisode de mon étudiante Natasha dont je vais vous parler bientôt, mais également, plus récemment, d’un déjeuner chez ma belle-famille.

5.1.1. Natasha

Commençons par Natasha. Voici quelle était la situation. Nous devions étudier un texte bancaire en vue du diplôme du BTS banque qu’elle passera à l’oral en anglais dans quelques semaines. Il s’agit du texte intitulé « Co-op bank faces struggle to find owner with ethics – and deep pockets », publié par « The Guardian » (on ne prononce pas le U) le 18 février 2017 et dont je vous fournis le lien sur la page de l’épisode 27 sur Anglaisance.com si vous vous voulez voir à quoi ça ressemble.

https://www.theguardian.com/business/2017/feb/18/will-coop-keep-branches-and-ethics-with-new-owner

Il s’agissait d’un oral blanc, c’est-à-dire qu’en 20 minutes, Natasha devait lire le texte à plusieurs reprises en soulignant les points importants afin d’en faire une présentation orale par la suite, dans laquelle elle m’expliquerait tout ce qui lui paraissait pertinent, avec ses propres termes et dans l’anglais le plus correct possible.

Or, je voyais bien qu’au lieu de préparer sa présentation orale, Natasha avait les yeux dans le vague, ce qui ne lui ressemble pas du tout. Et puis, au bout d’un moment, elle s’est exclamée « je ne comprends rien » suivi de ses variantes « je ne comprends pas » et « je n’ai rien compris ».

Cela vous est-il déjà arrivé ? Avez-vous déjà eu une expérience similaire face à un document dans une langue étrangère comme l’anglais ? S’agissait-il d’un document à l’oral ou à l’écrit ? Si c’était un document audio, était-ce un monologue ou un dialogue ? Quel était le problème : le fond sonore, le débit, la prononciation, l’accent, le sujet, le vocabulaire… ? S’il s’agissait d’un texte, qu’est-ce qui vous a été difficile : comprendre les mots, l’idée générale, les détails, le point de vue de l’auteur… ?

Comment avez-vous réagi ? Quelle était votre émotion principale ? Qu’avez-vous fait ou n’avez-vous pas fait ? Quel résultat avez-vous obtenu ?

Revenons-en à mon étudiante Natasha et à ce qu’elle m’a dit lorsque nous avons discuté. Vous reconnaîtrez l’enchaînement sous forme d’une boucle de Brooke. Je vous laisse consulter l’épisode 5, « Comment faire des boucles », si ça n’est pas le cas et je vous rappelle juste le principe : les circonstances, c’est-à-dire les faits extérieurs, objectifs, peuvent déclencher une pensée qui va donner lieu à une émotion, ce qui engendrera une action, une réaction ou une inaction, laquelle aura fatalement un résultat. Quoi qu’on pense, quoi qu’on ressente, quoi qu’on fasse, on obtient un résultat. Il peut être involontaire, quand on ne se rend pas compte qu’on a le pouvoir de choisir ses pensées, ou au contraire, volontaire, quand on redirige consciemment sa pensée vers ce qui nous est profitable, bénéfique, utile. C’est ce que je vous recommande de faire.

  • Circonstances – texte
  • Pensée –  Je ne comprends rien.
  • Emotion – dépassée
  • Actions – je ne suis pas les conseils de ma prof, c’est-à-dire que je ne souligne pas les mots que je comprends, je ne vois pas la racine que je connais dans le mot « buyers », je justifie le fait que je ne comprenne pas (« aujourd’hui, ça ne va pas »), j’essaie de me convaincre que lors du véritable oral, ça ira mieux, je compare ce texte avec les autres, plus faciles, qu’on a étudiés, je me rappelle que j’ai eu une bonne note à mon 1er oral, je pense à mon futur l’année prochaine, je me dis que si c’est pareil lors de mon oral, ça n’ira pas, je me concentre sur ce que les autres disent à côté plutôt que sur mon texte
  • Résultat – je stagne, c’est-à-dire que je ne comprends toujours rien.

A présent, observons l’étendue du problème : quels sont les coûts et les bénéfices de cette pensée « je ne comprends rien » ?

5.1.1.1. Les avantages

Commençons par les avantages.

Si on pense une petite phrase comme « je ne comprends rien », c’est qu’à un moment donné ou à un autre, on s’est dit, plus ou moins consciemment, et souvent plus inconsciemment que consciemment, que ça nous rendrait service.

Par exemple, si je me dis « je ne comprends rien », ça m’évite de faire l’effort, qui me paraît surhumain, de comprendre quelque chose. Ca me protège d’une émotion désagréable, me rendre compte que, oui, en effet, je ne comprends pas grand-chose et qu’il va me falloir beaucoup travailler, cogiter, pour me mettre à comprendre quoi que ce soit. En me disant « je ne comprends rien », pouf, l’affaire est réglée, le dossier est clos, je peux rester à l’aise avec ce qui m’est familier, ce que je comprends, ce que je connais.

5.1.1.2. Les inconvénients

Mais l’inconvénient, c’est que ça nous empêche de comprendre ce qu’il nous est nécessaire de comprendre. Pourquoi ?

Lorsqu’on pense « je ne comprends rien », c’est comme s’il s’agissait d’un fait, d’une vérité inébranlable qu’on constate, plutôt que d’une pensée parmi d’autres choix possibles. Est-ce le cas ? Vraiment ? Est-ce que, véritablement, nous ne comprenons rien à rien ? Ou tout simplement nous ne comprenons pas tout et nous ne voyons plus que les mots inconnus ?

Ce qui est très intéressant, c’est que cette petite phrase agit vraiment sur nos limites. Si je me dis « je ne comprends rien, » alors c’est comme si cette phrase bloquait tout, empêchait d’aller de l’avant, de passer de l’incompréhension à la compréhension. Elle nous empêche de voir ce que nous comprenons, même s’il ne s’agit que de quelques mots.

Rappelez-vous la transcription du document « Unhelpful Thinking », du docteur Chris Williams : il nous y expliquait que si on essayait de ne pas penser à quelque chose, c’était alors peine perdue.

« Let’s both of us try really hard not to think about a white polar bear. Well, if you’re anything like me, you’ll have found you can think of nothing else. Or if you did manage it, that you have to spend a lot of mental energy thinking about, perhaps, a black polar bear, or a car, or whatever. » Si je vous demande de ne pas penser à un ours polaire, le simple fait de l’avoir évoqué fait que vous devriez avoir l’image d’un ours blanc dans votre cerveau à l’instant même. Est-ce votre cas ? Chris Williams explique que, si tel n’est pas votre cas, c’est qu’alors vous avez dépensé beaucoup d’énergie à éviter l’image de l’ours blanc.

Parallèlement, si vous vous dites « je ne comprends rien », vous ne voyez plus que ce que vous ne comprenez pas et vous vous empêchez de vous concentrer sur ce que vous comprenez. Vous êtes démunie, désemparée, vous vous sentez impuissante face à ce qui vous paraît inconnu. Ce qui nous rappelle le psychologue David Burns : « You feel the way you think ». Votre ressenti correspond à vos pensées.

Et alors ? Alors, ça veut dire que Natasha ne comprenait pas même les mots transparents du texte comme « ethics » ou bien « human rights », « animal testing ». Ce qui est très intéressant, c’est que dès que nous avons fini d’évoquer ce qui la tracassait et l’empêchait de comprendre quoi que ce soit, spontanément, soudainement, elle s’est redirigée vers le texte et a aussitôt trouvé les mots clé!

Peut-être avait-elle pris conscience de ce qui n’allait pas dans sa vie privée, peut-être avait-elle fait le tri et avait-elle pu enfin accéder au sens du texte. Peut-être cela correspond-t-il à ce que j’évoquais en introduction à propos des émotions : à partir du moment où on en prend conscience, le travail est fait, cela suffit, et on peut passer à autre chose…

5.1.2. Déjeuner chinois

Autre exemple, le mien cette fois-ci.

Mon mari est d’origine chinoise et ses parents, ses oncles et tantes, parlent mandarin. Mon fils et moi apprenons le mandarin par l’intermédiaire du CNED, ce qui implique une discipline que nous n’avons pas bien suivie cette année, hélas.

Donc, mardi dernier, entre le bo-bun et la papaye fraîche, nous avons baigné pendant quelques heures dans une langue qui ne nous est pas familière, même si nous en connaissons quelques bases.

C’était très intéressant parce qu’au départ, je me suis dit « je ne comprends rien » et, captivée par les nems et les carottes râpées, je ne me suis pas posée plus de questions que ça. Je n’ai pas cherché à comprendre.

Voici donc une boucle de Brooke au sujet de ce repas familial :

  • Circonstances – déjeuner chez ma belle-famille qui parle mandarin
  • Pensée – Je ne comprends rien.
  • Emotion – passivité
  • Actions – je ne fais même pas attention, je me concentre sur mon bol et mes baguettes, je suis plongée dans mes pensées
  • Résultats – je ne comprends vraiment rien.

Et puis, peu de temps après, mon estomac satisfait, je me suis intéressée à la conversation, ce qui a donné un tout autre modèle. Vous remarquerez que les circonstances n’avaient pas changé. C’est juste que j’envisageais la situation de façon différente.

  • Circonstances – déjeuner chez ma belle-famille qui parle mandarin
  • Pensée – Je me demande ce que je peux comprendre
  • Emotion – intriguée
  • Actions – je fais attention à la conversation, je me concentre sur les mots que je connais
  • Résultats – je comprends un peu.

C’est déjà mieux !

Et pourtant, quand j’y pense, les mots que je comprenais ne m’ont tout de même pas permis de comprendre l’ensemble de la conversation. Nous en parlions dans les épisodes pairs précédents, les numéros 24 et 26 : je me suis basée sur les mots « transparents » et tout ce que je savais en mandarin. Ce que j’appelle « mots transparents » lors de ce déjeuner, c’est tout simplement les termes que ma belle-famille utilisait spontanément en français : « automatique, stabilisateur, Saint-Malo… » Ca m’a fait sourire, parce que ça ne me permettait pas de comprendre ce dont ils parlaient, mais d’avoir juste une très vague idée. D’une voiture peut-être ? D’un voyage ?

De même pour les mots grammaticaux (« wo de » pour « mon, ma, mes ») ou les expressions (« bu yong » pour « pas besoin, c’est inutile »). Je n’étais pas beaucoup plus avancée mais j’étais satisfaite d’avoir retrouvé mes connaissances, d’avoir compris quelques termes.

  • Circonstances – déjeuner chez ma belle-famille qui parle mandarin
  • Pensée – Je comprends quelques mots.
  • Emotion – satisfaite
  • Actions – je fais de plus en plus attention, je cherche à mieux comprendre, je pose des questions
  • Résultats – j’apprends à comprendre.

5.2. Solution

5.2.1. Questionner la pensée

Ainsi, lorsqu’il vous arrive de penser « je ne comprends rien », je vous conseille de questionner cette pensée. Il ne s’agit pas d’un fait, d’une circonstance : c’est bel et bien une pensée, que vous avez choisie, volontairement ou pas, peut-être par habitude.

Et ça veut dire qu’elle n’est pas fixe, pour l’éternité : elle peut évoluer.

Nous avons vu que les émotions qu’elle suscitait pouvaient être l’impuissance, le fait de se sentir dépassée, submergée, démunie ou bien passive. Qu’en est-il pour vous ?

A présent, suivons les conseils d’Isabelle Filliozat que je citais en introduction : quelles sont les sensations associées à cette émotion ? Qu’en est-il au niveau de votre respiration, de votre température, de vos tensions… ?

Après avoir questionné cette petite phrase et avoir pris conscience des émotions qu’elle provoquait en vous, je vous conseille de chercher des pensées alternatives pour la remplacer.

5.2.2. Trouver des pensées alternatives

5.2.2.1. A partir du résultat

On peut utiliser différentes stratégies. Par exemple, si on veut obtenir comme résultat « je fais ma présentation orale ».

  • Circonstances – texte
  • Pensée – avec un peu de méthode, je peux mener ma tâche à son terme
  • Emotion – organisée
  • Actions – je me concentre sur ce que j’ai compris du texte, j’organise les idées que j’en retire, je reformule tout ce que je comprends avec mes propres mots pour me les approprier
  • Résultat – je fais ma présentation orale
5.2.2.2. A partir des actions

On peut aussi commencer par la ligne des actions, avec, par exemple, « je souligne tout ce que j’ai compris ».

  • Circonstances – texte
  • Pensée – je suis curieuse de savoir ce que je comprends tout de même
  • Emotion – intriguée
  • Actions – je souligne tout ce que j’ai compris
  • Résultat – je constate avoir compris quelques termes
5.2.2.3. A partir de l’émotion

On peut commencer par l’émotion qu’on désire ressentir, comme l’inspiration.

  • Circonstances – texte
  • Pensée – si d’autres être humains peuvent comprendre, alors moi aussi.
  • Emotion – inspiration
  • Actions – je souligne les mots que je comprends, je cherche si les mots inconnus le sont vraiment, je me pose des questions, je cherche, je trouve, je vérifie, j’interroge d’autres êtres humains, je ne lâche rien, je travaille régulièrement sur un exercice que je ne comprends pas bien jusqu’à ce que ça devienne plus facile
  • Résultat – comme tous les êtres humains, à force de pratiquer, je finis par comprendre.
5.2.2.4. A partir de la pensée de départ

On peut choisir la pensée diamétralement opposée, comme « j’ai tout compris ».

  • Circonstances – texte
  • Pensée – j’ai tout compris.
  • Emotion – sûre de moi
  • Actions – je souligne les mots clés d’une couleur différente selon l’idée à laquelle ils correspondent, je les reformule dans la marge, je me visualise faisant ma présentation, je m’interroge sur les questions qu’on pourrait me poser, les réponses que je pourrais y apporter…
  • Résultat – je me sers de ma compréhension pour m’exprimer.

5.3. Modifications

Seulement voilà : entre « je ne comprends rien » et « j’ai tout compris », il y a un monde. C’est ce que les coachs de l’équipe de Brooke Castillo appellent « a ladder », une échelle. On ne passe pas de l’un à l’autre d’un instant à l’autre. Il faut comme gravir les marches à partir de « je ne comprends rien » pour parvenir à « j’ai tout compris ». Sinon, lorsque vous allez essayer de penser « j’ai tout compris », l’émotion ressentie ne sera pas celle que vous souhaitez. Plutôt que de vous sentir à l’aise ou confiante, vous vous sentirez au contraire défaitiste parce que vous serez la mieux placée pour savoir que, ben, non, vous n’avez pas tout compris, loin de là.

Alors chaque chose en son temps, une étape à la fois ou, comme on dit en anglais, « one step at a time » ou « step by step ».

5.3.1. Modifications à partir de « je ne comprends rien »

Les modifications à partir de la pensée « je ne comprends rien » vont vous permettre de dédramatiser, de prendre du recul par rapport à cette pensée qui nous fige. Vous allez ensuite pouvoir la dépasser plus facilement, simplement parce que vous vous serez observée penser.

  • Je pense la pensée « je ne comprends rien ».
  • Je pense la pensée « je ne comprends rien » et c‘est tout.
  • Je pense la pensée « je ne comprends rien » et c’est comme ça.
  • Je pense la pensée « je ne comprends rien » et c’est la vie.
  • Je pense la pensée « je ne comprends rien » et ça ne dit rien de négatif sur moi.
  • Et si je me trompais quand je pense que « je ne comprends rien » ?

5.3.2. Modifications à partir de « je comprends »

On peut aussi envisager le point d’arrivée, la compréhension. C’est le but à atteindre et, même s’il semble lointain, impossible, impensable, on peut s’en approcher au fur et à mesure en le modifiant :

  • Et si je comprenais ?
  • Imagine si je comprenais…
  • Je suis ouverte à l’idée de comprendre.
  • J’ai envie de comprendre.
  • Peut-être que je vais comprendre.
  • Il est possible de comprendre.
  • J’ai l’intention de comprendre.
  • Un jour (très) (prochain), je croirai que je peux comprendre.
  • Un jour (très) (prochain), je vais comprendre.
  • Un jour (très) (prochain), je réussirai à comprendre.
  • Il y a des moments où je comprends
  • Il m’arrive parfois / souvent / la plupart du temps / presque toujours de comprendre.
  • Je deviens quelqu’un qui comprend.
  • J’apprends à comprendre.
  • Il est certain que je peux comprendre.
  • Il est inévitable que je comprenne.
  • Je peux améliorer ma compréhension.
  • Je me concentre sur ce que je comprends et c’est très bien.
  • Je décide de comprendre.
  • Je m’engage à comprendre.

N’hésitez pas à explorer d’autres facettes comme « je vais trouver comment comprendre », « je vais finir par comprendre » et à vous concentrer sur, justement, ce que vous comprenez. Il y a toujours des termes que vous comprenez, par exemple :

  • Je comprends les noms propres.
  • Je comprends les chiffres.
  • Je comprends les mots transparents.

C’est un début, ne boudons pas notre plaisir de comprendre, ne serait-ce que ces éléments !

5.4. Pratique

Ensuite, il « suffit » de pratiquer cette nouvelle pensée choisie, consciemment, jusqu’à ce qu’elle devienne inconsciente, naturelle, à son tour, en remplaçant l’ancienne, « je ne comprends rien ».

5.4.1. Boucle de Brooke

Si je choisis la phrase « je décide de comprendre », quel est l’effet que cela peut avoir sur notre apprentissage de l’anglais ? Voici une possibilité sous forme de boucle de Brooke :

  • Circonstances – texte
  • Pensée –  je décide de comprendre.
  • Emotion – déterminée
  • Actions – je me concentre sur tout ce que je comprends, je souligne les mots que je connais, j’émets des suppositions à partir des termes que j’ai soulignés, je les vérifie.
  • Résultat – je comprends de mieux en mieux.

Le résultat, « je comprends de mieux en mieux », découle directement de la pensée « je décide de comprendre ». Et voilà, la boucle est bouclée !

5.4.2. Les preuves

L’étape suivante consiste à rassembler les preuves de votre nouvelle pensée. A vous de collectionner les preuves que vous pouvez comprendre. C’est un changement de focalisation, de ce qu’on ne comprend pas à ce qu’on comprend. Dressez la liste de tous les termes qui vous parlent, même s’il ne s’agit que de noms propres, chiffres ou mots transparents. Aucune importance. Il faut bien commencer par quelque chose. Et contemplez votre liste qui s’étend petit à petit, jour après jour. Eh oui, vous en êtes bel et bien capable !

5.4.3. La visualisation

Enfin, imaginez-vous comprenant de mieux en mieux ou, pourquoi pas, comprenant tout ! Visualisez-vous dans cette situation, la même qui vous tracasse mais où cette fois-ci vous serez totalement à l’aise. Reprenez l’une des boucles vues plus tôt, adaptez-la à votre propre cas, améliorez-la et répétez-la, relisez-la au quotidien jusqu’à ce qu’elle se réalise. Vous souvenez-vous d’Amy Cuddy ? « Fake it till you make it ! » Faites semblant jusqu’à ce que ce soit vrai ! C’est tout le mal que je vous souhaite !

6. Mission

A vous à présent ! Rappelez-vous la dernière situation où vous vous êtes dit « je ne comprends rien » ou « je ne comprends pas ». Faites un « ménage de méninges » à ce sujet : dites tout ce qui vous est passé par la tête à ce moment-là.

Ensuite, il s’agit de vous relire et de séparer les faits de la pensée, de l’émotion, des actions et du résultat. Par exemple, vous pouvez utiliser du bleu pour les circonstances, du vert pour les pensées, du rouge pour les émotions, de l’orange pour les actions, du jaune pour les résultats.

Je vous rappelle que les faits, c’est-à-dire les circonstances, ne dépendent pas de vous. Elles sont données et n’importe qui serait d’accord sur elles.

Après les faits, concentrons-nous sur l’émotion. Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez pensé « je ne comprends pas » ? Il ne s’agit pas simplement de nommer l’émotion, parce que ça peut être difficile. Veillez à la ressentir comme nous l’avons vu plus tôt : où la ressentez-vous et comment ?

Quelles actions avez-vous entreprises, ou pas, à partir de cette émotion ? Tâchez d’être la plus précise possible.

Et enfin, quel a été votre résultat ? Rappelez-vous que votre résultat correspondra toujours à votre pensée de départ, c’est-à-dire « je ne comprends pas ». Etait-ce ce que vous souhaitiez ? Qu’en avez-vous pensé ?

7. Annonce du prochain épisode

Lors du prochain épisode, nous évoquerons une façon d’apprendre l’anglais, l’immersion.

8. Salutations

D’ici là, je serais ravie d’avoir de vos nouvelles, si vous le souhaitez. Envoyez-moi un petit mot sur .

Je vous rappelle que dans la partie bonus du site Anglaisance.com je m’amuse en ce moment à explorer les différentes distorsions cognitives ou erreurs de pensée qui peuvent nous empêcher d’apprendre l’anglais. Pour l’instant, j’en ai étudié 3 qui sont téléchargeables gratuitement sur le site.

  • Il s’agit tout d’abord du principe du tout ou rien, que nous avons évoqué aujourd’hui d’ailleurs : plutôt que de se dire « il y a des termes que je ne comprends pas », on peut choisir de voir tout en noir en insistant sur l’extrême, « rien ».
  • Ensuite, les conclusions hâtives, quand on pense être capable de lire les pensées des autres, comme un télépathe, ou bien de prédire l’avenir, si possible noir ! A partir de l’exemple d’aujourd’hui, on pourrait très bien dire « je ne comprendrai jamais rien ».
  • A ce moment-là, il s’agit aussi d’une surgénéralisation, la 3e erreur de pensée, qui consiste à grossir un échec démesurément.

Heureusement, on n’est pas obligé de penser ainsi ! Quelle liberté de pouvoir choisir, encore et toujours, de rediriger ce qui se passe dans notre cerveau vers des pensées plus bénéfiques…

« Bye ! See you next week ! »