Que se cache-t-il derrière la pensée « j’ai pas envie » ? Aujourd’hui, nous explorons ce manque de motivation qui nous conduit à l’inertie plutôt qu’à l’action.

1. Introduction

Bonjour ! Vous êtes sur Anglaisance, épisode n° 15. Aujourd’hui, nous allons parler de la petite phrase « j’ai pas envie ».



2. Clarification

Avant de commencer, je voulais juste faire une petite clarification, suite à un commentaire que j’ai reçu : je m’adresse ici à vous en tant que professeur d’anglais et je ne prétends absolument pas être qui que ce soit d’autre. Je suis professeure certifiée depuis que j’ai obtenu mon CAPES en 1997 après une maîtrise de linguistique anglaise en 1996 à l’université de la Sorbonne Nouvelle, aussi connue sous le nom de Paris III. J’ai eu la chance de participer à un échange ERASMUS d’un an avec l’Université d’Oxford Brookes, en Angleterre et c’est à cette occasion que j’ai préparé mon mémoire de maîtrise. L’année suivante, encore à Oxford pendant quelques temps, j’ai préparé et obtenu le CAPES grâce au CNED. J’ai été titularisée dans l’académie de Créteil. Je suis donc professeur d’anglais depuis 20 ans maintenant. C’est ma seule légitimité et j’en suis très fière.

Ensuite, je suis des MOOCs (« Massive Open Online Courses » ou cours universitaires en ligne) et je suis une lectrice infatigable, surtout lorsqu’il s’agit d’améliorer ma façon de voir les choses. Comme j’ai remarqué que mes étudiants avaient tendance à se dire haut et fort ce que je me disais parfois à moi-même tout bas, comme, pas plus tard qu’aujourd’hui pour mon étudiante Natasha (« je veux bien passer à l’oral même si mon anglais est nul et que je n’ai rien préparé », alors qu’elle avait passé 20 minutes sous mes yeux à s’interroger sur le texte), j’ai eu envie d’explorer ce côté-là de nos vies.

Et c’est là que j’ai découvert la thérapie cognitive et comportementale, ou TCC, ou bien encore « Cognitivo-Behavioral Therapy » ou CBT en anglais. Il s’agit d’une psychothérapie qui aide les patients souffrant d’anxiété, de dépression, de troubles de l’alimentation, de stress, d’addictions, etc. à identifier et modifier leurs schémas de pensée ou bien, en d’autres termes, à les « restructurer cognitivement ».

Je ne suis pas psychothérapeute et n’ai aucune intention de le devenir. Mais comme je sais lire et que je crois comprendre mes lectures, en français et en anglais, que j’ai trouvé une piste pour mieux vivre, tout simplement, je me suis dit qu’il serait intéressant de la partager avec ceux qui apprennent l’anglais et qui rencontrent ces difficultés par rapport à cette discipline, c’est-à-dire dont les pensées ne leur rendent pas toujours service.

Et c’est en fait la même démarche que la coach américaine Brooke Castillo utilise dans ses podcasts gratuits. Je vous l’ai dit, je m’en inspire grandement et si ce qui m’est utile peut l’être pour vous également, formidable ! En effet, je trouve intéressant de partager ce que je sais être efficace, car j’en fais l’expérience dans ma propre vie : tous les jours, je fais le ménage dans mes méninges. Chaque soir, je complète des boucles à partir de mes pensées automatiques pour lesquelles je trouve des pensées alternatives. Et je me porte bien mieux depuis que je le fais.

Voilà : je propose et bien entendu, vous disposez. Vous pouvez être intéressées, dubitatives, effrayées et bien d’autres choses encore et c’est très bien comme ça. Je sais que, pour ma part, j’ai besoin d’avoir la même information dite et redite, reformulée, réexpliquée, redéfinie un nombre incalculable de fois avant de commencer à y croire, à en être persuadée. Alors n’hésitez pas à faire vos propres recherches sur le sujet. D’ailleurs, j’ai découvert les thérapies cognitives et comportementales parce que, justement, je me méfiais de ce que j’entendais dans les podcasts de Brooke Castillo – comment ça, mes circonstances n’affectent pas directement ma vie ? Je n’arrivais pas à croire qu’il suffisait de modifier sa façon de penser pour que, pouf, comme par magie, ça aille mieux. Ca me paraissait suspect. Tout comme le fait qu’elle mette ses podcasts en ligne gratuitement, comme tant d’autres, d’ailleurs.

Sur Anglaisance.com, je vous fournis des liens vers trois sites internet qui expliquent en quoi consistent les thérapies cognitivo-comportementales.

  1. Thérapeutes.com
  2. Psychologies.com
  3. Therapie.cognitive.free

Vous pouvez également trouver de nombreux livres qui vous les expliquent bien mieux que je ne saurai le faire, puisque, encore une fois, je ne suis pas thérapeute. Je vous fournis le lien vers le catalogue des bibliothèques de Paris pour que vous ayez un éventail de choix.

Ensuite, il vous appartient de me prêter des intentions louables ou pas. Suis-je honnête ? Suis-je un charlatan qui cherche à vous manipuler ? Quel est le féminin de « charlatan », d’ailleurs ? Personne ne peut vous retirer les choix de pensée que vous faites et, encore une fois – c’est très bien comme ça ! D’ailleurs, la suspicion a du bon, sinon elle n’aurait pas de raison d’être. En anglais, on utilise l’expression « stranger danger », ce qui signifie « étranger égale danger » pour apprendre aux enfants à se méfier des inconnus. Vous l’avez peut-être entendu dans le 1er film « Paddington ». Et je suis parfaitement d’accord. Méfiez-vous, vérifiez, faites-vous votre propre idée. Ca me paraît une saine façon d’apprendre.

3. Rappel de l’épisode précédent

Dans l’épisode précédent, le numéro 14, nous avons parlé des applications de répétition espacée, dont la plus simple d’utilisation se nomme Anki. L’avez-vous utilisée ? Qu’avez-vous appris – des mots, des phrases, autre chose ? Qu’en pensez-vous ? Allez-vous continuer ou bien vous tourner vers d’autres applications que j’ai mentionnées ? A moins que vous ne restiez au système papier dont nous avons parlé dans l’épisode 12 ? Ou bien, peut-être que la pensée dont nous allons parler aujourd’hui vous a traversé l’esprit et que vous n’avez strictement rien fait.

4. Objectif de l’épisode

Aujourd’hui, en effet, nous allons explorer la pensée « j’ai pas envie ».

5. Contenu

Pour vous mettre un peu en situation, je vais commencer par vous relater l’une des dernières fois où je me suis dit « j’ai pas envie » avec un ménage de méninges. Ensuite, nous verrons les effets que cette pensée a dans notre vie : cette pensée donne lieu à des émotions qui provoquent des actions ou des inactions, qui engendrent nos résultats. Par la suite, bien sûr, comme d’habitude, nous tâcherons de trouver une solution au problème posé par cette petite phrase, à savoir le fait qu’on n’accomplit pas ce qu’il faudrait pour réussir.

Pour réaliser cet épisode, je me suis inspirée de Timothy Pychyl, auteur de « Solving the procrastination puzzle » (= résoudre l’énigme de la procrastination), de son podcast iProcrastinate, de ses blogs intitulés « Don’t delay » (= Ne tardez pas) dans la revue « Psychology Today » (= la psychologie aujourd’hui) et de son site procrastination.ca.

5.1. Problème – ménage de méninges

Commençons par un ménage de méninges ! Si vous vous souvenez de ce que nous avons évoqué lors de l’épisode 5, il s’agit de vider son cerveau, comme on vide un sac, et de déposer toutes ses pensées sur le papier, pour faire le tri de ce qu’on garde, parce que ça nous est utile, et pour se débarrasser de ce qui ne nous est désormais plus bénéfique. A partir de ce tri, on va examiner une pensée en la rangeant dans une boucle pour observer son impact dans notre vie. Cette pensée automatique nous paraît peut-être vraie mais il nous appartient de choisir de la garder ou pas, puisque, je vous le rappelle, aussi étonnant que ce soit, nos pensées sont optionnelles. Une fois qu’on prend un peu (ou beaucoup) de recul, on peut décider de s’en séparer pour en adopter de plus adéquates.

Voici donc la situation : nous sommes le week-end, le samedi plus précisément, jour où mon fils, mon mari et moi-même avons prévu d’étudier le chinois mandarin à l’aide des cours du Centre National d’Enseignement à Distance, le CNED. Seulement voilà, je n’en ai aucune envie. Nous sommes en train de regarder un épisode de « The Big Bang Theory » et toute la famille rit de bon cœur !

Vous reconnaissez-vous aussi dans cette anecdote ? Qu’est-ce qui remplace « The Big Bang Theory » dans votre cas ? Quelle activité en anglais évitez-vous ainsi ?

5.1.1. Quelle est mon émotion ?

Quand je pense à arrêter de regarder la série et à me mettre au travail, c’est comme si tout en moi se rebellait et freinait des 4 fers, comme les chevaux dans les dessins animés. Il y a comme un NON très ferme et décidé qui s’exprime à l’intérieur de mon torse. Si je reprends la météo émotionnelle vue dans l’épisode 11, « C’est pas ma faute », le temps est à l’orage, à 3-4 sur une échelle de 1 à 10. Pour l’instant, ça va, mais si on m’impose de me mettre à autre chose, ce que je n’ai pas envie de faire, je vais sérieusement me rebeller et protester. J’ai l’impression d’être une enfant sur le point de faire un caprice. D’ailleurs, la petite fille en moi n’a pas l’intention non plus d’utiliser une négation complète : « J’ai pas envie » et non pas « Je n’ai pas envie. » Même ma grammaire redevient immature !

5.1.2. Comment nommer cette émotion ?

L’apathie, l’inertie, la démotivation, le manque absolu d’envie, la résistance à l’action. C’est ce qu’en anglais on appelle la procrastination. Le docteur Timothy Pychyl définit la procrastination comme « a needless voluntary delay », ou un retard volontaire inutile. Rien ne me retient de me mettre à étudier. Regarder « The Big Bang Theory » n’est pas une priorité. Je pourrais très bien éteindre l’écran et ouvrir mes cahiers, mais je choisis volontairement de ne rien en faire.

Toujours selon Timothy Pychyl, « procrastination is defined by this intention-action gap ». La procrastination est définie comme l’écart entre l’intention et l’action. J’ai l’intention d’aller étudier mais je ne le fais pas. Il y a un écart entre mon intention d’apprendre le chinois, car j’en ai toujours l’intention, et ce que je fais, c’est-à-dire rester à regarder « The Big Bang Theory » plutôt que d’ouvrir mes cahiers.

5.1.3. Quels sont les avantages de cette émotion ?

Les avantages de l’inertie, de l’apathie, c’est que je peux continuer à faire ce que j’étais en train de faire et qui me plaît bien, qui me fait du bien. Quand on regarde les aventures de nos 4 physiciens préférés en VO, on partage, on est ensemble, on s’amuse, on se moque ensemble de Sheldon, le génie asocial et on se reconnaît parfois dans ses excès. On passe un bon moment. Je n’ai pas envie d’y mettre fin.

L’avantage, c’est aussi qu’on est apathique ensemble, à plusieurs, en famille. D’ailleurs, inutile d’ajouter la culpabilité à l’inertie : le docteur Pychyl nous rappelle que tout le monde est sujet à la procrastination : « Everyone procrastinates. »

L’avantage est également le fait que je crois éviter les émotions négatives que je pense ressentir en changeant d’activité, en échangeant le plaisir facile contre l’effort. Je me sens soulagée d’avoir repoussé l’étude du chinois à un temps indéterminé. Mais est-ce la réalité ?

5.1.4. Quels sont les inconvénients ?

L’inconvénient, bien sûr, c’est qu’après avoir regardé un ou plusieurs épisodes de « The Big Bang Theory », on n’a rien retenu des péripéties de nos héros, rien appris véritablement. On a juste passé un bon moment mais on n’a pas travaillé pour l’avenir, le futur. On n’a pas tenu nos engagements. On a laissé notre projet de travailler le chinois 3 fois 30 minutes par semaine de côté, dans un petit coin bien écarté de notre cerveau. Et pour quelques minutes de plaisir, nous aurons du retard à rattraper la prochaine fois, ce qui nous découragera. Ca rendra la prochaine fois plus difficile encore. Donc, pour un plaisir à court terme, on se refuse le plaisir à long terme, la joie, de maîtriser une langue vivante, ce qui justement nécessite de la discipline. Comme l’écrit Timothy Pychyl : « Feeling good now comes at a cost. », c’est-à-dire que le fait de se sentir bien maintenant a un coût. Je cède à l’impulsion de regarder un épisode de plus pour éviter l’inconfort de l’effort de réflexion que je vais devoir faire en travaillant mon chinois ou mon anglais.

Selon Timothy Pychyl, « Procrastination is failing to get on with life itself » ou la procrastination est l’incapacité de prendre sa vie en main. En restant devant l’écran, on ne se mobilise pas pour rendre notre vie plus pleine, plus complète, plus riche d’expériences et de cultures.

A long terme, les procrastinateurs accomplissent moins, forcément, ont davantage d’émotions négatives et plus de problèmes de santé, toujours selon le docteur Pychyl. Et il est vrai qu’on ne risque pas d’améliorer nos notes d’anglais ou de chinois si on ne se met pas au travail. Elles risquent même de baisser sérieusement ! Ce qui va engendrer de l’inquiétude, de la culpabilité, de la honte, des regrets… Les problèmes de santé proviennent du fait que la procrastination engendre du stress, ce qui fragilise notre système immunitaire.

Par ailleurs, la procrastination ne se révèle pas seulement dans le domaine des études, mais aussi pour ce qui concerne la santé : on procrastine lorsqu’il s’agit de faire du sport, de manger sainement, de dormir assez, de surveiller sa santé… Tout cela a des conséquences négatives sur notre santé au bout du compte.

Enfin, même si j’ai l’impression d’éviter l’émotion négative de l’effort que représente la mise au travail, par rapport à la passivité d’une série, je suis confrontée à toute une gamme d’émotions. Je sais très bien, tout en regardant mes personnages préférés du moment, que je devrais faire autre chose. Je peux très bien ressentir, malgré tout, au fond de moi-même, la frustration, la colère, l’ennui, le ressentiment, l’angoisse, la culpabilité de ne pas faire ce que je sais devoir faire.

5.1.5. Quelles sont mes actions ?

Je fais comme si de rien n’était, je ne rappelle ni à mon fils, ni à mon mari qu’on s’est promis d’étudier le mandarin, j’attends que le temps passe et que quelqu’un réclame « encore un épisode »… Je suis parfaitement passive, inactive.

5.1.6. Qu’est-ce que ça me rappelle ?

Je fais l’autruche, je ne regarde pas la situation en face, je ne prends pas le recul nécessaire. Encore une fois, je fais l’enfant, privilégiant le plaisir au sérieux de l’étude. Je ne fais certainement pas l’adulte responsable qui sait à quel point le chinois sera utile à mon fils plus tard.

5.1.7. Et alors ?

Alors, je me déçois. J’aimerais être capable de tenir tous les engagements que je prends et je me laisse tomber, ma famille avec. Nous nous décevons tous et notre projet commence à s’effriter.

5.1.8. Qu’est-ce que ça veut dire, pour moi ?

Ca veut dire que je ne suis pas capable de prendre soin de l’avenir des miens, ni de mon propre avenir.

5.1.9. Pourquoi choisir cette pensée ?

Je choisis de penser que je ne suis pas capable de prendre soin des miens parce que je devrais penser à l’avenir plutôt qu’au présent, parce que c’est ma responsabilité de penser au futur de notre famille, de notre fils, parce que je devrais (à mon âge !) avoir la maturité de guider les miens sur la bonne voie.

Et je choisis de penser « j’ai pas envie » parce que j’ai surtout envie de ne pas être sérieuse, responsable, mûre et ennuyeuse en demandant à ma famille de fournir des efforts devant une leçon de chinois. J’ai plutôt envie de passer un bon moment en famille, ce qui me paraît incompatible avec des exercices de langue.

5.1.10. Complétons une Boucle

Circonstances – chinois avec le CNED

Pensée –  j’ai pas envie.

Emotions – inertie, apathie, démotivation

Actions – je continue à rire devant « The Big Bang Theory », j’attends que le temps passe pour qu’il soit trop tard pour étudier le chinois.

Résultats – je demeure au présent, au point mort, à tel point que demain comme aujourd’hui, nous en serons toujours au même point en chinois (voire on aura un peu plus oublié ce qu’on savait hier) et qu’on aura encore moins envie de s’y mettre.

Et voilà, la boucle est bouclée !

Timothy Pychyl explique que le manque d’envie de réaliser une activité productive correspond à l’expression latine « Carpe diem », (= profite du temps présent) ou bien en anglais, « Seize the day ». On peut utiliser cette formule pour défendre la procrastination car cela correspond à la phrase « Eat, drink and be merry for tomorrow you may die ». (= Mange, bois et amuse-toi car demain tu mourras peut-être).

Mais d’un autre côté, on peut interpréter cette formule comme un conseil pour s’impliquer dans le présent tant qu’il est encore temps ou bien « make hay while the sun shines », mot à mot « faire les foins tant que le soleil brille », soit « il faut battre le fer tant qu’il est chaud », qui sous-entend que l’avenir peut être sombre.

5.2. D’où vient la pensée « J’ai pas envie » ?

5.2.1. Quelques modèles de motivation

Lorsqu’on s’exclame « j’ai pas envie », c’est qu’on manque donc de motivation. Or, les psychologues ont élaboré différents modèles ou diverses approches de la motivation. En voici quelques-uns parmi de nombreux, forcément simplifiés puisque je suis loin de maîtriser le sujet. Mais c’est un thème passionnant sur lequel nous reviendrons !

Sur Anglaisance.com, je vous indique le lien vers l’article Wikipedia sur le sujet de la motivation qui m’a fourni des pistes.

5.2.1.1. La pyramide de Maslow

En 1943, Abraham Maslow a créé la théorie de la hiérarchie des besoins, aussi connue sous le nom de la pyramide de Maslow, puisqu’elle a pour base les besoins physiologiques primaires, comme manger, boire, dormir. Il est indispensable que ces besoins soient comblés pour passer à la 2e marche de la pyramide, celle de la sécurité, comme le fait d’avoir une famille, un logis, un emploi. Ce n’est que lorsqu’on a mangé, bu, dormi qu’on peut rechercher la sécurité. Le 3e niveau est celui de l’amour, l’appartenance à une famille ou un groupe d’amis. Encore une fois, il ne peut apparaître qu’une fois le 2e niveau atteint. Ca me fait penser à un jeu vidéo, vous ne trouvez pas ? Le niveau 4 est celui de l’estime de soi, le fait de se sentir accepté et apprécié par les autres, par exemple quand on exerce un métier ou un loisir. C’est là qu’entre en jeu la réputation. Enfin, le n°5, l’accomplissement personnel. C’est le besoin à l’origine de l’apprentissage, de la création, de l’expression de son potentiel…

Je récapitule donc : à la base, les besoins physiologiques, puis la sécurité, puis l’amour, puis l’estime et le respect de soi-même et enfin, au sommet, l’accomplissement personnel.

Sur Anglaisance.com, vous trouverez le lien vers une vidéo en anglais d’environ 3 minutes réalisée par la Khan Academy qui vous explique cette fameuse pyramide ainsi qu’une autre d’une durée quasi identique, où le narrateur s’exprime avec un charmant accent…

Si on reprend l’exemple que je vous ai fourni plus tôt, et pour lequel vous pouvez parfaitement substituer l’anglais pour le chinois mandarin et FaceBook, la cigarette ou autre pour « The Big Bang Theory », on peut considérer que je cherche à me sentir membre de ma famille en voulant rester devant la série avec mon mari et mes enfants. Le sommet de la pyramide, le niveau 5 où j’apprends, est alors une préoccupation bien éloignée…

Notons que la pyramide de Maslow est aujourd’hui critiquée.

5.2.1.2. The motivation triad

Passons à présent à une 2e approche, celle de la triade de la motivation. L’idée de cette triade de motivation est qu’elle repose sur 3 éléments :

  1. « to seek pleasure » (la recherche du plaisir)
  2. « to avoid pain » (l’évitement de la douleur)
  3. « to exert the least effort » (le plaisir à moindre frais)

Selon les behavioristes, la motivation résulte d’un conditionnement, c’est-à-dire qu’à chaque stimulus, on apporte la même réponse. Plus on apporte une réponse identique à un même stimulus, plus on est récompensé, et plus on sera motivé pour reproduire cette même réponse lorsque ce même stimulus se représentera.

Par exemple, quand j’achète des chocolats et que la vendeuse me donne mon ticket de caisse avec un chocolat en dégustation, elle renforce positivement le fait d’acheter des chocolats chez elle. C’est un renforcement positif pour m’amener à renouveler cette expérience. Au contraire, si jamais je conduisais et que je brûlais un feu rouge, l’agent de police me punirait en me faisant payer une amende. Ce serait un renforcement négatif pour m’inciter à ne pas reproduire le même geste. Il s’agit donc de la différence entre la récompense et la punition. Comme je vais vouloir éviter les conséquences négatives, la prochaine fois je m’arrêterai au feu rouge.

Avant, du temps de nos très lointains ancêtres, rechercher des expériences positives et éviter les expériences négatives étaient indispensables aux humains pour survivre. Ca l’est toujours dans le règne animal comme le montre une très courte vidéo (43 secondes) en anglais sur YouTube, mettant en scène un requin.

Mais aujourd’hui, pour les humains, cette triade est dépassée dans notre société occidentale pour la grande majorité d’entre nous : plus besoin de survivre, nous avons changé de niveau dans la pyramide de Maslow. Nous sommes d’ailleurs entourés de trop de plaisirs dont l’accès est très facile : nous pouvons manger et boire autant que nous le souhaitons, plus que nous n’en avons réellement besoin. Nous n’avons presque aucun effort à fournir pour obtenir satisfaction de nos besoins primaires. Il est donc de plus en plus aisé de rester dans un monde de plaisirs où nous n’aurions pas à faire d’effort.

C’est ce qui m’arrive lorsque je reste devant l’écran avec ma famille plutôt que d’aller travailler mon chinois mandarin. J’ai le plaisir devant les yeux, je me sens bien avec les différents membres de ma famille. Et puis pourquoi faire l’effort de changer quoi que ce soit ? Ca me paraît totalement inutile. Il n’y a pas d’urgence, pas de besoin immédiat… J’évite l’effort de réfléchir à un dialogue où je risque de ne pas tout comprendre à la première écoute. Je décide de ne rien changer et c’est bien ce en quoi consiste l’apathie.

5.2.1.3. Extrinsèque ou intrinsèque ?

L’idée est que la motivation pourrait résider à l’extérieur de moi, dans l’objet qui me motive ou pas, plutôt qu’à l’intérieur de moi-même, dans mon attitude, mes émotions, mes cognitions, c’est-à-dire mes pensées.

5.2.1.3.1. Extrinsèque – des circonstances ?

Si je pense que la motivation est extrinsèque, alors je crois que le problème vient de l’objet plutôt que de moi. On s’attend à ce que quelque chose d’extérieur à nous nous donne envie. Le chinois devrait me donner envie de l’étudier. L’anglais, la vaisselle, les impôts devraient me donner envie de m’en occuper. Les copies devraient me donner envie d’être corrigées. A vous de continuer… Et c’est comme s’il y avait quelque chose de cassé, une connexion mal établie entre l’objet de mon manque d’envie et moi-même – le courant ne passe pas.

Comment rétablir cette connexion entre l’objet qui ne donne pas envie et soi-même ? Peut-être ne faut-il pas attendre que l’objet nous donne envie… David Burns, le psychothérapeute auteur de « Feeling Good », encore lui, explique en effet que la motivation vient de l’action. C’est en agissant qu’on commence à avoir envie. L’objet, qu’il s’agisse de l’anglais ou du chinois ou de quoi que ce soit d’autre, n’est donc pas à l’origine de cette envie.

Et puis, si on utilise les boucles de la coach Brooke Castillo, l’objet, quel qu’il soit, n’est qu’une circonstance. Or, nous savons que les circonstances sont neutres, objectives. L’anglais, comme le chinois, la vaisselle ou les impôts ne font strictement rien, ils n’y sont pour rien si j’ai envie ou pas. Entre eux et mon envie, il y a forcément une petite pensée. Or, seul l’être humain est doué de pensée. Pas la langue anglaise ou la langue chinoise.

5.2.1.3.2. Intrinsèque – d’une autre émotion ?

La motivation viendrait donc de la personne qui est motivée ou non, tout comme la beauté se trouve dans les yeux de celui qui regarde : « Beauty is in the eye of the beholder. »

Et comme pour la petite phrase « je n’ai pas le temps », on peut se demander si « je n’ai pas envie » ne recouvre pas autre chose. Que se cache-t-il derrière cette apathie ? Y a-t-il du doute, de la peur, de la paresse, de l’ennui ? Autre chose ? Cette apathie pourrait-elle masquer la peur de ressentir une émotion ? Par exemple, si je n’ai pas envie de me mettre à écouter une conversation en anglais, c’est peut-être parce que je me dis « je n’y arriverais jamais, de toute façon je ne comprends rien ! »

Alors, que faire ? Qu’en pensez-vous ? La suite au prochain numéro !

6. Mission

D’ici le prochain épisode, ou bien d’ici quinze jours, pour la suite sur ce sujet, il serait intéressant que vous notiez ces moments où vous n’avez pas envie de vous mettre à l’étude de l’anglais.

6.1. Circonstances

Premièrement, quelles sont les circonstances, c’est-à-dire qu’êtes-vous censée faire précisément ? Un exercice de grammaire ? Un dialogue avec un anglophone ? La mémorisation du vocabulaire ? La rédaction d’une lettre commerciale ? Où ? Quand ? Avec qui ?

6.2. Emotions

Deuxièmement, quelles émotions ressentez-vous à l‘idée d’accomplir cette tâche ? Bien sûr, il doit s’agir d’inertie, d’apathie, de procrastination. Mais y a-t-il une ou d’autres émotions derrière celles-ci ?

6.3. Pensées

Enfin, quelles pensées avez-vous lorsque vous êtes dans cette situation, à part « j’ai pas envie », ça va de soi ?

Je vous laisse une fiche avec ces questions au propre à télécharger sur Anglaisance.com. Pour cela, il suffit de compléter l’encart avec votre prénom et votre adresse mail et vous aurez accès à toutes les fiches du podcast, à celles des bonus ainsi qu’à un court message hebdomadaire chaque week-end.

7. Annonce du prochain épisode

Lors du prochain épisode, nous évoquerons l’utilisation du vocabulaire que vous avez récemment mémorisé sous forme de jeux. Apprendre l’anglais en jouant, est-ce que ça vous donne envie ? Si c’est le cas, je me demande pourquoi. Quelle est la pensée que ça peut bien vous inspirer ?

8. Salutations

N’hésitez pas à me contacter sur pour me dire ce que vous avez pensé de cet épisode. Faites-moi part de vos progrès et posez-moi les questions qui vous sont passées par la tête !

Je vous rappelle que vous trouverez dans la partie bonus du site Anglaisance.com une activité pour renouer les liens avec la langue anglaise, à l’occasion de la Saint-Valentin, mercredi dernier ! C’est entièrement gratuit et téléchargeable. Je vous souhaite de vous amuser à compléter la fiche autant que je me suis amusée à la créer !

« See you soon ! Bye ! »

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